mardi 16 avril 2013

"Ma tête se remplit d'idées"

Dimanche dernier, alors que je prenais mon bain, on cogne à la porte de la salle de bain.

- Maman?

Étienne entre avant même que je réponde et s’assoit sur la toilette. Il tient dans ses mains un petit papier.

- Je n'arrive pas à dormir, maman.
- C'est normal, coco, c'est toujours plus difficile de s'endormir le dimanche, on est moins fatigué.
- Non maman, c'est pas ça. C'est que quand je me couche, ma tête se remplit d'idées.

Ah, les idées qui émergent quand, pour la première fois de la journée, on s'arrête vraiment. Je connais trop bien.

***

Étienne a toujours eu beaucoup de difficulté à s'endormir le soir. Depuis quelques mois, j'utilise une nouvelle technique avec lui à l'heure du dodo: la relaxation/méditation. On commence par fermer les yeux, prendre cinq grandes respirations, puis relaxer toutes les parties du corps, et on finit par une version simplifiée de la méditation, soit de compter ses respirations jusqu'à 10, puis de recommencer à nouveau, jusqu'à ce qu'on s'endorme.

Les premières fois furent un peu ardues:
- On commence par relaxer nos pieds.
- Maman?
- Oui?
- Qu'est-ce que ça veut dire relaxer?
- Imagine que tu es sur la plage, au soleil, et que tes pieds sont si mous et lourds qu'ils s'enfoncent dans le sable, qui est tout chaud. Est-ce que tu comprends un peu?
- Oui! Là je comprends. Et on est bien?
- Oui, on est très bien, même.
- Ok, continue.
- D'accord. Alors maintenant, imagine que tes mollets sont mous et lourds.
- Maman?
Je soupire mentalement. Ça risque d'être long.
- Oui?
- Les mollets, c'est où?
 Je lui montre.
- Ah, c'est derrière les tibias?
- Oui, c'est ça. Maintenant, Étienne, tu vas relaxer tes cuisses. Imagine que tes cuisses sont lourdes, tellement lourdes qu'elles s'enfoncent dans le sable. Maintenant, tu relaxes tes fesses.
- Maman?
- Oui?
- Comment on relaxe ça des fesses?
- !

Mais malgré les questions des premières fois, cette méthode est quasi-miraculeuse: Lorsque je quitte sa chambre, il est calme, sa respiration est profonde et il s'endort en moins de deux minutes, un véritable miracle pour mon petit bonhomme. On ne l'utilise pas à tous les jours—parfois je suis trop fatiguée, parfois il est si épuisé qu'il s'endort tout seul—mais c'est un moment qu'il aime beaucoup: "Maman, on va faire une relaxation ce soir? J'aime ta voix quand tu me parles, elle est belle et douce."

Après la discussion de dimanche, je comprenais un peu mieux pourquoi la relaxation fonctionne aussi bien: Elle lui permet de calmer ses idées dans sa tête.

***
Dimanche dernier, Étienne avait eu une nouvelle idée en se couchant: M'écrire un joli mot, qu'il m'a donné avant de retourner se coucher. Je lui ai répondu avant de me coucher, et j'ai reçu hier soir un autre mot:

(Chère maman, ton message était si beau à lire. Est-ce que toi tu aimerais bien avoir un autre enfant? Oui, non, Je ne sais pas.)

Un autre enfant! J'ai bien rigolé. Je ne sais d’où venait cette question; il ne veut pas du tout avoir un autre frère ou soeur ("ça pleurerait tout le temps"), et de toute façon, ça n'est même pas une possibilité. Mais je lui ai répondu, et je garde précieusement ces petits mots. 

J'aime bien quand il s'endort si bien suite à la méditation, mais j'aime aussi ses idées qui germent à l'heure du dodo...

(Je me demande si le numéro de téléphone au bas du papier1-866-99ARMEEest une menace pour le cas où je déciderais d'avoir un autre enfant ;-).

dimanche 7 avril 2013

Aujourd'hui, je me suis trouvée jolie

J'ai lu hier la citation suivante de l'actrice Kate Winslet, à propos de sa fille:
“As a child, I never heard one woman say to me I love my body. Not my mother, my elder sister, my best friend. No one woman has ever said, I am so proud of my body. So I make sure to say it to Mia, because a positive physical outlook has to start at an early age.” ~ Kate Winslet
* Tentative de traduction: Enfant, je n'ai jamais entendu une femme dire: J'aime mon corps. Pas ma mère, ma soeur ainée, ma meilleure amie. Pas une seule femme ne m'a jamais dit: je suis tellement fière de mon corps. Alors je m'assure de le dire (à ma fille) Mia, parce qu'il n'est jamais assez tôt pour développer une image positive de son corps. 
Elle me trotte dans la tête depuis. J'ai beau chercher, je n'arrive pas à me souvenir d'avoir entendu une femme me dire qu'elle aimait son corps. On m'a dit: je suis trop grosse, trop maigre, trop petite, trop grande, trop courbée; mes seins sont trop gros, trop petits, trop bas, pas assez ferme; j'ai de grosses fesses, je n'ai pas assez de fesses; mes jambes sont trop longues, trop maigres, trop grosses, trop courbées.

On ne s'aime pas, ou alors on focalise sur les parties de notre corps qui nous déplaisent ou nous complexent. On est souvent incroyablement dure avec soi. On n'est peut-être pas parfaite, mais on n'est jamais telle qu'on se l'imagine. Et si on s'aime, on n'ose le dire à voix haute. Probablement par crainte de paraître vaniteuse ou arrogante, alors qu'on est au contraire fragile et beaucoup trop modeste.

Je vis avec une ado qui, comme probablement toutes les ados, est obsédée par son corps. Elle se trouve trop ci, pas assez ça, et je ne sais que lui dire pour la sortir de ses insécurités. Je lui dis depuis qu'elle est toute petite que je la trouve belle, mais je réalisais avec cette citation que jamais je ne lui avais dit que je me trouvais jolie, moi aussi, parfois. Je lui cache depuis toujours mon insécurité face à certaines parties de mon corps, de peur de les lui transmettre. Je ne lui parle pas de ces kilos qui, j'en suis convaincue, me séparent d'un corps idéal. Kilos que je ne perdrai pas bientôt, si je me fie aux 15 dernières années. Mais je devrais peut-être lui raconter que, malgré mes insécurités passagères et mon corps non idéal, je suis souvent très bien dans ma peau, que j'aime beaucoup mes cheveux, mon sourire, mes yeux pétillants, mes courbes féminines.

Peut-être que si elle savait que je me trouve parfois jolie et attirante malgré mes imperfections, elle en arriverait à s'aimer telle qu'elle est, à réaliser à quelle point elle est jolie, rayonnante, lumineuse, et elle ne perdrait pas autant de temps à se soucier d'imperfections souvent imaginaires.

Et peut-être que si j'en parlais ainsi, j'arriverais moi aussi à m'aimer telle que je suis.

mercredi 3 avril 2013

Perspectives

Le week-end dernier, j'ai fait une drôle de rencontre dans la section des fruits et légumes, à l'entrée du IGA. Une dame dans la soixantaine, dos courbé, allure négligée, cheveux en bataille, visage renfrogné, bardassait bruyamment son panier défectueux avec difficulté. Lorsqu'elle est passée à coté de moi, je l'ai entendu murmurer: "Encore un maudit panier brisé. Pourquoi c'est toujours moi qui se retrouve avec ces paniers-là?" Elle a continué son chemin, poussant avec acharnement son panier brisé, alors qu'elle aurait très bien pu aller l'échanger contre un fonctionnel, tout juste à coté.

J'ai tout de suite pensé à un article lu dans La Presse il y a quelques semaines sur Aran Goyoaga, bloggeuse (Cannelle et Vanille), photographe, pâtissière et auteure de livres de cuisine. En visite à Montréal, elle racontait à la journaliste ce qui l'avait amenée à sa carrière actuelle. Originaire d'Espagne et installée aux États-Unis depuis quelques années, elle avait enfin réalisé son rêve—être pâtissière—lorsqu'elle est tombée très malade, passant plusieurs mois alitée. Des tests ont finalement révélé une intolérance sérieuse au gluten, diagnostic dévastateur quand son métier tourne autour du blé. Mais au lieu de nuire à sa carrière, cette nouvelle a plutôt eu l'effet inverse. Aran Goyoaga a décidé de devenir une pâtissière et cuisinière spécialisée dans le "sans gluten", et elle a maintenant beaucoup de succès.

Cet article m'avait beaucoup marquée, tout comme l'épisode du week-end dernier. Deux situations bien différentes, évidemment, mais avec certaines similitudes. Face à une situation difficile, on a le choix. On peut choisir de changer sa vie, de l'adapter, de trouver une façon d'être heureux. Ou on peut continuer de pousser son vieux panier cassé en se plaignant qu'on est bien malchanceux.

***

C'est ce dont j'essaie de me rappeler quand mon enthousiasme pour mes multiples projets s'effrite, quand mon genou proteste, quand le ciel pourtant si bleu me semble si gris. J'ai surement quelque chose à apprendre de ces moments rudes. Il y a surement un autre point de vue. Je ne l'ai pas encore trouvé. Mais j'ai le choix.

lundi 1 avril 2013

Le cahier d'idées

Il est 8 a.m. J'ai fait un lavage, terminé un document pour le travail, lu un peu et maintenant j'écris ici. J'avais oublié comme les matins peuvent être productifs. Depuis janvier, je suis en mode récupération de sommeil. Comme je n'ai plus à me lever pour mes enfants, je profite de chaque jour de congé pour faire la grâce matinée. Je suis bien reposée, mais j'ai perdu ce moment tranquille que j'aime tant, à l'aube, alors que tout le monde dort encore et que j'ai la maison à moi.

Ce matin, je me suis réveillée tôt, la tête remplie d'idées de textes de blog, de projets de travail, d'envie d'écrire. J'ai une idée de nouvelle qui me trotte dans la tête depuis quelques jours, et hier j'ai pris le temps le temps d'en écrire les grandes lignes dans mon petit cahier d'idées.

Mon petit cahier de composition noir, acheté 2.99$ chez Bureau en Gros, qui n'a l'air de rien du tout, mais qui, je pense, est un peu magique.

J'y ai écrit pour la première fois en novembre 2011: « Ça y est. Je fonce. J'ai vraiment envie d'essayer ce projet de site web professionnel. Je crois que j'ai des chances que ça m'amène quelque part... » Plus d'un an et demi plus tard, je peux dire que ce quelque part est mon emploi actuel, qui est probablement l'emploi de mes rêves.

En février dernier, j'y ai écrit sur une conférence web à laquelle j'avais assisté et qui suggérait une nouvelle façon de présenter la documentation technique ("Cognitive Design for User Assistance"). J'y voyais plein de possibilités: un article de blog, une présentation à mon équipe, une nouvelle façon de documenter notre prochain produit, peut-être même à long terme une présentation sur le sujet dans une conférence de rédaction technique. Et voilà qu'à partir de cette idée, j'irai à une conférence à Atlanta en mai prochain, puisque mon projet de documentation sera inclus en exemple dans une présentation donnée par l'auteur de cette approche.

Alors hier j'y ai écrit les grandes lignes de ma nouvelle, trois pages d'écriture serrée, enthousiaste, excitée, et je compte bien y travailler un peu ce soir. Qui sait? Peut-être mon petit cahier sera encore un peu magique et transformera une idée en réalité...

***

« Take up one idea. Make that one idea your life; dream of it; think of it; live on that idea. Let the brain, the body, muscles, nerves, every part of your body be full of that idea, and just leave every other idea alone. This is the way to success. » - Swami Vivekananda

lundi 25 mars 2013

Un toujours dans le jamais

« Je me dis que finalement, c'est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir mais aussi quelques moments de beauté où le temps n'est plus le même. C'est comme si les notes de musique faisaient un genre de parenthèses dans le temps, de suspension, un ailleurs ici même, un toujours dans le jamais.

Oui, c'est ça, un toujours dans le jamais. ... Je traquerai désormais les toujours dans le jamais. » - Muriel Barbery, L'élégance du hérisson

dimanche 17 mars 2013

L'esprit de Rocky

Il y a quelques semaines, j'ai changé ma photo sur Facebook pour une photo de moi prise pendant une de mes courses au bord de l'eau.

Quelques jours plus tard, j'ai reçu ce message de mon amie d'enfance, Martine, qui vit maintenant dans le Grand Nord et que je vois donc rarement:
Allô Nathalie,
Tu cours toujours? Tant de souvenirs remontent tout à coup... as-tu toujours l'esprit de Rocky en toi? :) 
J'ai souri.

Ah, l'esprit de Rocky...
***

Martine fut ma première vraie meilleure amie. My BFF, comme dirait maintenant Mathilde. Au secondaire, Martine et moi courrions beaucoup, toujours ensemble. Je me souviens de courses sur l'heure du dîner, à presque tous les jours. De courses tôt le matin et après l'école. D'un entrainement pour courir le 10 km au MaskiCourons, parcours très montagneux, et de mon père qui avait fait notre trajet d'entrainement en voiture pour que nous puissions kilométrer nos distances. D'un Méritas que nous avions gagné conjointement, à la fin de l'année scolaire, pour avoir été celles qui avaient couru le plus de kilomètres entre septembre et juin.

Certains de ces souvenirs sont vagues, mais je me souviendrai toujours d'une course en particulier.

C'était en 1982, l'été entre secondaire 2 et secondaire 3, au mois d’août. Martine et moi avions vu et adoré le film Rocky III au cinéma, puis le Rocky original qui avait passé à la télévision. Rocky! Il était devenu notre héros, le symbole de la valeur de l'entrainement, surtout pour cette dernière scène si percutante pour les adolescentes que nous étions:



Quelle finale géniale! Nous devions donc nous entraîner comme Rocky, nous aussi! Ce qui impliquait se lever aux petites heures du matin et... manger des oeufs crus:



En ce matin d’août 1982, je me suis levée à l'aube et j'ai mangé trois oeufs crus avant d'aller rejoindre Martine.

31 ans plus tard, je me souviens encore de la texture visqueuse des oeufs, des hauts-le-coeur que j'ai refoulés pour boire le mélange, de l'arrière-gout dégoûtant qui refusait de s'estomper. Nous avons couru une longue course, ou du moins m'a-t-elle semblé interminable à cause du mal de coeur constant. J'ai eu mal au coeur toute la journée. En prenant ma douche. En allant avec mes parents chez mes cousins, à Trois-Rivières, pour l'épluchette de blé d'inde annuelle. C'était une des mes sorties familiales préférées, j'adorais le blé d'inde, mais je me souviens être infiniment triste parce que je ne pouvais en avaler un seul. Le goût des oeufs crus ne disparaissait pas.

***

Est-ce que j'ai encore l'esprit de Rocky, Martine? Je ne sais pas. Je sais que je rêve encore de courir un jour les marches de Rocky à Philadelphie. Je sais que j'aime encore me lever tôt le matin pour aller courir. Je sais que j'aime toujours autant m’entraîner, malgré mon genou boiteux. Et je sais que j'aimerais bien courir avec toi à nouveau, un jour.

Mais je sais aussi que je ne mangerai plus jamais d'oeufs crus. :)


lundi 11 mars 2013

Know them. Take them.

En faisant le ménage de mes brouillons de textes de blogs, je suis tombée sur celui-ci, écrit en août 2011, que je n'avais jamais publié, pour une raison que j'ignore. Je l'ai trouvé inspirant, alors j'ai eu envie de le publier pour vrai.
*** 

Un poème me hante depuis quelques jours, Go Forth de Bukowski.

your life is your life

Ma vie a changé depuis les derniers mois. J'ai enfin eu le courage de quitter un emploi qui m'étouffait, me minait. C'est fou comme la routine tue la créativité, l'enthousiasme, la passion. Mais elle nous enjôle avec son confort, sa stabilité. On en oublie nos rêves, qui on est, ce dont on a vie, ce qu'on aime.

don’t let it be clubbed into dank submission.

On reste pris dans la routine, on ne se pose plus de questions. On ne fait plus ce qu'on a envie, mais ce qu'on croit qu'on doit faire. Ce que les autres attendent de nous. Ce qui est plus raisonnable. Ça n'est plus vraiment notre vie. On ne la vie plus intensément.

be on the watch.
there are ways out.
there is a light somewhere.
it may not be much light but
it beats the darkness.
be on the watch.

Etre à l'écoute. À l’affût. Des chances, des aventures que nous offre la vie. J'ai l'impression que la vie s'ouvre devant moi depuis que j'ai changé d'emploi. J'essaie en général de combattre la routine, mais je m'étais perdue. J'étais devenue plus loin de moi. Engourdie. Mais de sortir de ma zone de confort m'a réveillée. Je me sens vivante à nouveau. Tant de projets qui m'excitent--la méditation, le vélo, mes projets d'écriture. J'ai l'impression de voir à nouveau, de retrouver mes sens. J'aime mes nouveaux rituels, le vélo sur le bord de l'eau, mon thé si matinal, mon nouveau travail si stimulant, mes midis solitaires où j'ai l'impression de partir à l'aventure.

the gods will offer you chances.
know them.
take them.

Je repense souvent à cette phrase. know them. take them. Pour voir ces chances, pour les reconnaître, il faut être à l'écoute. Il faut être présent. Il faut être complètement là. C'est de ça dont j'ai envie. Et du courage. The courage to take chances.

you can’t beat death but
you can beat death in life, sometimes.
and the more often you learn to do it,
the more light there will be.
your life is your life.
know it while you have it.


know it while you have it. Il est si facile de ne pas voir le temps qui passe. Si difficile d'être vraiment là dans sa vie. Mais pourtant si important... know it while you have it.

you are marvelous
the gods wait to delight
in you.


Je devrais peut-être me promener avec ce poème dans mes poches, moi aussi. Pour ne pas oublier.