lundi 18 novembre 2013

Chroniques de voyage - Venise

Nous sommes à Venise. Il est environ 8 a.m. Étienne et moi—les deux lève-tôt de la famille—quittons l'appartement en silence, afin de ne pas réveiller Stéphan et Mathilde qui dorment encore profondément.

Nous descendons la Via Garibaldi, en direction du bord de l'eau. Nous achetons les fruits pour la journée, et j'en profite pour pratiquer les quelques mots d'italien que je connais. Étienne aime bien pratiquer l'italien avec moi. Nous venons d'ailleurs d'apprendre un nouveau mot à l'étal de fruits et légumes: basta, du verbe bastare, qui signifie "terminé, fini". Nous essayons ensuite une nouvelle boulangerie afin de trouver de bons croissants (un exploit qui s’avérera impossible en Italie),  puis je m'arrête boire un espresso bien tassé, debout au comptoir d'un café, alors qu'Étienne court après les pigeons dans la rue piétonnière.

De retour dans notre petite ruelle, nous marchons quelques pas derrière une vieille mamma italienne accompagnée d'un petit garçon d'une dizaine d'années, probablement son petit-fils. Ils ont une conversation animée; il a la mine piteuse et elle semble lui rabattre les oreilles avec une morale quelconque. Il prend la parole d'un ton plaintif; nous ne comprenons rien, sauf le dernier mot: computer, prononcé à l'italienne.

La vieille mamma s'enflamme soudainement, lève les bras au ciel et se met à crier:

- Il computer? Il computer? Basta! Basta il computer!

Le petit garçon baisse la tête, penaud. Étienne me regarde, surpris, puis il chuchote:

- Maman! Même les petits garçons italiens veulent toujours jouer à l'ordi!
- Oui! Et même les parents italiens les en empêchent parfois!

Il me regarde, sourit et prend ma main. Nous retournons tranquillement à l'appartement, prêts à réveiller nos deux marmottes et leur raconter notre aventure.


dimanche 17 novembre 2013

Pré-adolescence

Étienne aime beaucoup les romans de Géronimo Stilton, une érudite souris qui travaille comme rédacteur en chef à l'Écho des Rongeurs et qui vit des aventures abracadabrantes. Comme les enfants sont en pédago ce vendredi, je leur ai proposé une visite au Salon du livre, qu'ils ont acceptée avec enthousiasme.

En lisant le guide du Salon du livre, je vois justement que Géronimo Stilton signera des autographes vendredi matin. Je suis convaincue que mon petit mec sera excité par l'idée:

— Éti! Devine qui signe des autographes vendredi!
Il me regarde, emballé.
— Qui?
— Géronimo Stilton.
C'est moi, ou son regard semble soudainement plutôt incrédule?
— Géronimo Stilton?
Je rajoute un peu d'enthousiasme dans ma réponse.
— Oui! C'est cool, hein!
— Euh... maman? Géronimo Stilton existe pas pour vrai, tu sais. Ça va être un dude nowhere déguisé en grosse souris qui va signer mon livre... C'est, comme, genre, pas rapport.

Je regarde Mathilde, un peu étonnée. Elle répond:
— Ben... y'a pas mal raison, maman.

"Un dude nowhere?" ...  "comme, genre, pas rapport?" ... il est où mon petit garçon déçu de n'avoir pu rencontrer Géronimo Stilton il y a quelques années? Où est la magie des mascottes et marionnettes? Quoi que, à regarder des photos de Géronimo signer des autographes, je ne peux dire qu'il a tort. L'autographe d'une grosse mascotte poilue ne m'exciterait pas vraiment non plus. Mon petit mec est plus près de la pré-adolescence que je ne le croyais. Et ça n'est peut-être pas si mal.




mercredi 5 juin 2013

De l'élasticité du temps

Depuis la semaine dernière, je voyage de nouveau en transport en commun pour aller au boulot. J'y allais en voiture depuis l'été dernier. Les avantages semblaient clairs à l'époque: un total de 60 minutes (par jour) en voiture, contre 1h40 en transport en commun. Je gagnais 40 minutes et une plus grande flexibilité d'horaire. Je passais ces minutes à dormir plus longtemps le matin et déjeuner avec ma famille.

Je perds donc 40 minutes par jour en transport en commun, mais j'ai pourtant l'impression d'avoir plus de temps.

J'aime le rythme du transport en commun, un mélange de vélo, train, métro. Il me semble que ma journée commence plus doucement, mon rythme est plus lent. Je suis plus présente, moins prise à survivre la cadence des voitures. J'aime avoir le temps de regarder les vitrines sur Van Horne, ramasser un espresso en route, acheter une baguette pour le souper. J'aime aller chercher Étienne en vélo, le soir, puis revenir tranquillement à la maison en roulant côte à côte, alors qu'il me raconte sa journée.

Et, surtout, je retrouve mon temps de lecture. C'est ce qui m'avait manqué le plus à l'époque, quand j'ai commencé à prendre la voiture. Je perdais près de six heures de lecture par semaine. J'ai l'impression qu'un monde s'ouvre à moi à nouveau.

Le temps est élastique, parfois trop long, parfois trop court, jamais linéaire.

***

Dernier coup de coeur littéraire: N'aie pas peur si je t'enlace de Fulvio Ervas. Non, ça n'est pas un roman à l'eau de rose, malgré le titre légèrement mielleux. Ce récit est le road trip en Amérique d'un père italien et de son fils autiste, Andrea, pour les 18 ans de ce dernier. L'écriture est simple et directe; pas de mélodrame, pas de miracle, mais des moments parfois hilarants, souvent très touchants. À lire.

(Le titre vient d'une habitude qu'Andrea a développé lorsqu'il était petit. Pour entrer en contact avec les gens, il s'approche d'eux, leur touche le ventre et les serre dans ses bras. Comme cette habitude avait tendance à effrayer les gens, ses parents lui ont fait faire plusieurs t-shirts sur lesquels ils ont écrit les mots suivants: N'aie pas peur si je t'enlace.)



mardi 4 juin 2013

Trouble Will Find Me

Trouble Will Find Me, le dernier album de The National, est sorti depuis deux semaines. Deux semaines pendant lesquelles je l'ai écouté souvent, peut-être une fois par jour, sans jamais accrocher vraiment. J'aimais bien, mais aucune chanson ne me hantait, aucune chanson ne me bouleversait comme pour High Violet ou Boxer.

Jusqu'à aujourd'hui.

Est-ce parce que c'est un album qui demandait à être apprivoisé? Parce que je n'étais pas dans un bon état d'esprit lors de mes écoutes? Qui sait. Mais aujourd'hui, à la première chanson, j'ai eu l'impression que quelque chose avait changé. J'écoutais avec plus d'attention. C'était peut-être la vulnérabilité qui me suit depuis quelques jours, mais à chaque nouvelle chanson, mon coeur s'emballait un peu, il me semblait y entendre un poème, une émotion. J'avais l'impression de retrouver un ami perdu depuis longtemps.

Je l'écoute en boucle depuis.

***
I can’t get my head around it
I keep feeling smaller and smaller
I need my girl
I need my girl


mardi 16 avril 2013

"Ma tête se remplit d'idées"

Dimanche dernier, alors que je prenais mon bain, on cogne à la porte de la salle de bain.

- Maman?

Étienne entre avant même que je réponde et s’assoit sur la toilette. Il tient dans ses mains un petit papier.

- Je n'arrive pas à dormir, maman.
- C'est normal, coco, c'est toujours plus difficile de s'endormir le dimanche, on est moins fatigué.
- Non maman, c'est pas ça. C'est que quand je me couche, ma tête se remplit d'idées.

Ah, les idées qui émergent quand, pour la première fois de la journée, on s'arrête vraiment. Je connais trop bien.

***

Étienne a toujours eu beaucoup de difficulté à s'endormir le soir. Depuis quelques mois, j'utilise une nouvelle technique avec lui à l'heure du dodo: la relaxation/méditation. On commence par fermer les yeux, prendre cinq grandes respirations, puis relaxer toutes les parties du corps, et on finit par une version simplifiée de la méditation, soit de compter ses respirations jusqu'à 10, puis de recommencer à nouveau, jusqu'à ce qu'on s'endorme.

Les premières fois furent un peu ardues:
- On commence par relaxer nos pieds.
- Maman?
- Oui?
- Qu'est-ce que ça veut dire relaxer?
- Imagine que tu es sur la plage, au soleil, et que tes pieds sont si mous et lourds qu'ils s'enfoncent dans le sable, qui est tout chaud. Est-ce que tu comprends un peu?
- Oui! Là je comprends. Et on est bien?
- Oui, on est très bien, même.
- Ok, continue.
- D'accord. Alors maintenant, imagine que tes mollets sont mous et lourds.
- Maman?
Je soupire mentalement. Ça risque d'être long.
- Oui?
- Les mollets, c'est où?
 Je lui montre.
- Ah, c'est derrière les tibias?
- Oui, c'est ça. Maintenant, Étienne, tu vas relaxer tes cuisses. Imagine que tes cuisses sont lourdes, tellement lourdes qu'elles s'enfoncent dans le sable. Maintenant, tu relaxes tes fesses.
- Maman?
- Oui?
- Comment on relaxe ça des fesses?
- !

Mais malgré les questions des premières fois, cette méthode est quasi-miraculeuse: Lorsque je quitte sa chambre, il est calme, sa respiration est profonde et il s'endort en moins de deux minutes, un véritable miracle pour mon petit bonhomme. On ne l'utilise pas à tous les jours—parfois je suis trop fatiguée, parfois il est si épuisé qu'il s'endort tout seul—mais c'est un moment qu'il aime beaucoup: "Maman, on va faire une relaxation ce soir? J'aime ta voix quand tu me parles, elle est belle et douce."

Après la discussion de dimanche, je comprenais un peu mieux pourquoi la relaxation fonctionne aussi bien: Elle lui permet de calmer ses idées dans sa tête.

***
Dimanche dernier, Étienne avait eu une nouvelle idée en se couchant: M'écrire un joli mot, qu'il m'a donné avant de retourner se coucher. Je lui ai répondu avant de me coucher, et j'ai reçu hier soir un autre mot:

(Chère maman, ton message était si beau à lire. Est-ce que toi tu aimerais bien avoir un autre enfant? Oui, non, Je ne sais pas.)

Un autre enfant! J'ai bien rigolé. Je ne sais d’où venait cette question; il ne veut pas du tout avoir un autre frère ou soeur ("ça pleurerait tout le temps"), et de toute façon, ça n'est même pas une possibilité. Mais je lui ai répondu, et je garde précieusement ces petits mots. 

J'aime bien quand il s'endort si bien suite à la méditation, mais j'aime aussi ses idées qui germent à l'heure du dodo...

(Je me demande si le numéro de téléphone au bas du papier1-866-99ARMEEest une menace pour le cas où je déciderais d'avoir un autre enfant ;-).

dimanche 7 avril 2013

Aujourd'hui, je me suis trouvée jolie

J'ai lu hier la citation suivante de l'actrice Kate Winslet, à propos de sa fille:
“As a child, I never heard one woman say to me I love my body. Not my mother, my elder sister, my best friend. No one woman has ever said, I am so proud of my body. So I make sure to say it to Mia, because a positive physical outlook has to start at an early age.” ~ Kate Winslet
* Tentative de traduction: Enfant, je n'ai jamais entendu une femme dire: J'aime mon corps. Pas ma mère, ma soeur ainée, ma meilleure amie. Pas une seule femme ne m'a jamais dit: je suis tellement fière de mon corps. Alors je m'assure de le dire (à ma fille) Mia, parce qu'il n'est jamais assez tôt pour développer une image positive de son corps. 
Elle me trotte dans la tête depuis. J'ai beau chercher, je n'arrive pas à me souvenir d'avoir entendu une femme me dire qu'elle aimait son corps. On m'a dit: je suis trop grosse, trop maigre, trop petite, trop grande, trop courbée; mes seins sont trop gros, trop petits, trop bas, pas assez ferme; j'ai de grosses fesses, je n'ai pas assez de fesses; mes jambes sont trop longues, trop maigres, trop grosses, trop courbées.

On ne s'aime pas, ou alors on focalise sur les parties de notre corps qui nous déplaisent ou nous complexent. On est souvent incroyablement dure avec soi. On n'est peut-être pas parfaite, mais on n'est jamais telle qu'on se l'imagine. Et si on s'aime, on n'ose le dire à voix haute. Probablement par crainte de paraître vaniteuse ou arrogante, alors qu'on est au contraire fragile et beaucoup trop modeste.

Je vis avec une ado qui, comme probablement toutes les ados, est obsédée par son corps. Elle se trouve trop ci, pas assez ça, et je ne sais que lui dire pour la sortir de ses insécurités. Je lui dis depuis qu'elle est toute petite que je la trouve belle, mais je réalisais avec cette citation que jamais je ne lui avais dit que je me trouvais jolie, moi aussi, parfois. Je lui cache depuis toujours mon insécurité face à certaines parties de mon corps, de peur de les lui transmettre. Je ne lui parle pas de ces kilos qui, j'en suis convaincue, me séparent d'un corps idéal. Kilos que je ne perdrai pas bientôt, si je me fie aux 15 dernières années. Mais je devrais peut-être lui raconter que, malgré mes insécurités passagères et mon corps non idéal, je suis souvent très bien dans ma peau, que j'aime beaucoup mes cheveux, mon sourire, mes yeux pétillants, mes courbes féminines.

Peut-être que si elle savait que je me trouve parfois jolie et attirante malgré mes imperfections, elle en arriverait à s'aimer telle qu'elle est, à réaliser à quelle point elle est jolie, rayonnante, lumineuse, et elle ne perdrait pas autant de temps à se soucier d'imperfections souvent imaginaires.

Et peut-être que si j'en parlais ainsi, j'arriverais moi aussi à m'aimer telle que je suis.

mercredi 3 avril 2013

Perspectives

Le week-end dernier, j'ai fait une drôle de rencontre dans la section des fruits et légumes, à l'entrée du IGA. Une dame dans la soixantaine, dos courbé, allure négligée, cheveux en bataille, visage renfrogné, bardassait bruyamment son panier défectueux avec difficulté. Lorsqu'elle est passée à coté de moi, je l'ai entendu murmurer: "Encore un maudit panier brisé. Pourquoi c'est toujours moi qui se retrouve avec ces paniers-là?" Elle a continué son chemin, poussant avec acharnement son panier brisé, alors qu'elle aurait très bien pu aller l'échanger contre un fonctionnel, tout juste à coté.

J'ai tout de suite pensé à un article lu dans La Presse il y a quelques semaines sur Aran Goyoaga, bloggeuse (Cannelle et Vanille), photographe, pâtissière et auteure de livres de cuisine. En visite à Montréal, elle racontait à la journaliste ce qui l'avait amenée à sa carrière actuelle. Originaire d'Espagne et installée aux États-Unis depuis quelques années, elle avait enfin réalisé son rêve—être pâtissière—lorsqu'elle est tombée très malade, passant plusieurs mois alitée. Des tests ont finalement révélé une intolérance sérieuse au gluten, diagnostic dévastateur quand son métier tourne autour du blé. Mais au lieu de nuire à sa carrière, cette nouvelle a plutôt eu l'effet inverse. Aran Goyoaga a décidé de devenir une pâtissière et cuisinière spécialisée dans le "sans gluten", et elle a maintenant beaucoup de succès.

Cet article m'avait beaucoup marquée, tout comme l'épisode du week-end dernier. Deux situations bien différentes, évidemment, mais avec certaines similitudes. Face à une situation difficile, on a le choix. On peut choisir de changer sa vie, de l'adapter, de trouver une façon d'être heureux. Ou on peut continuer de pousser son vieux panier cassé en se plaignant qu'on est bien malchanceux.

***

C'est ce dont j'essaie de me rappeler quand mon enthousiasme pour mes multiples projets s'effrite, quand mon genou proteste, quand le ciel pourtant si bleu me semble si gris. J'ai surement quelque chose à apprendre de ces moments rudes. Il y a surement un autre point de vue. Je ne l'ai pas encore trouvé. Mais j'ai le choix.