samedi 24 janvier 2009

Un début de bénévolat

Grâce à l'initiative d'un ami, Mathilde et moi avons fait un peu de bénévolat pour l'Unicef hier. Comme les tâches étaient administratives (préparer des envois postaux pour sensibiliser les écoles), c'était une introduction assez douce au bénévolat.

J'avais prévu y passer environ une heure, histoire de ne pas trop lui en demander pour une première fois. Mathilde a tellement aimé que nous sommes restées plus longtemps, et elle était même fâchée quand j'ai du insister pour partir (il fallait bien aller chercher Étienne à la garderie). L'objectif de cette première fois--lui donner l'envie de recommencer--est donc atteint.

D'une certaine façon, comme les tâches étaient plus administratives, elle a peu réalisé qu'elle donnait de son temps pour aider une cause. En fait, elle a vu ses tâches comme "jouer au travail" et "faire comme toi maman quand tu vas au boulot." Lorsque nous sommes parties, elle m'a regardée avec un petit sourire et a dit: "bon, je vais aller chercher les enfants à la garderie." :)

Mais l'objectif de sensibilisation a tout de même été atteint, peut-être d'une façon un peu détournée. En entrant à la gare Windsor, nous avons vu deux sans-abris venus s'y réfugier pour échapper au froid intense. La vue de ces hommes couchés par terre avec leur sac de couchage l'a beaucoup troublée, ce qui a permis une discussion très intéressante.

J'ai beaucoup aimé l'expérience, et je suis bien contente des résultats. Doucement, tranquillement... une étape à la fois, nous y arriverons.

mercredi 21 janvier 2009

Mathilde et la guerre

À 9 ans, Mathilde est de plus en plus exposée à ce qui se passe un peu partout sur la planète, surtout avec La Presse, que mon mec lit à tous les matins. (Étienne est, pour l'instant, seulement intéressé à savoir si le Canadien a gagné). Les photos et les titres qu'elle y lit génèrent souvent des questions pas toujours faciles à répondre.

Je ne sais jamais trop quelle approche prendre. J'avoue que, dans ce domaine, j'ai souvent tendance à vouloir la protéger plutôt que la préparer. Une partie de moi se dit qu'elle découvrira tout cela bien assez vite; le monde est si dur parfois, elle peut bien garder son innocence un peu plus longtemps.

Mais, une chose est claire, les discussions ne sont jamais banales.

Dernièrement, Mathilde me montre une photo troublante d'une jeune enfant palestinienne morte. Sous la photo, la légende suivante: "Un homme transporte le corps d'une jeune palestinienne touchée par un tir fratricide."

- Maman, c'est quoi "un tir fratricide"?

- C'est quand quelqu'un est tué par quelqu'un de son camp, qui est du même coté que lui.

- Ben, comment ça peut arriver?

J'entame une discussion plus technique qui, clairement, est beaucoup trop abstraite pour Mathilde. Je prends donc une approche plus terre à terre:

- Imagine que tu es en guerre avec Monsieur Lalonde.

Monsieur Lalonde, c'est le voisin d'en face.

- Ok.

- Il est caché dans sa haie et tire sur ta maison, et toi tu fais la même chose.

- Oui, je comprends.

- Ben, un tir fratricide c'est comme si Étienne décidait de passer sur le gazon en avant, mais tu ne l'as pas vu, et en voulant tirer sur Monsieur Lalonde, tu tires sur Étienne et il meurt.

Mathilde est au bord des larmes:


- Ben la! Qu'est-ce qu'il faisait là Étienne? Je ne veux pas qu'il meurt!

- C'est hypothétique, Mathilde, c'est pas vraiment Étienne, c'est une façon de te montrer ce que je veux dire. C'est cette petite fille que tu as vue dans le journal, et c'est comme si un soldat de son même pays avait tiré dessus par erreur.

- (maintenant peu impressionnée) En tout cas, la mère du soldat devait pas être contente!

Bon, peut-être que certains de ces concepts sont un peu trop abstraits pour elle.

Hier, elle est arrivée à la maison un peu anxieuse, parce qu'une de ses amies lui avait dit que le Canada serait bientôt en guerre contre la Chine, qui lancerait une bombe et on mourrait tous. (!) La pauvre Mathilde en avait eu mal au ventre d'inquiétude. Après une longue discussion pour la rassurer, on a droit pendant le souper à plusieurs questions sur la guerre, sur les batailles, la différence entre les deux, etc. Puis, on a droit à du grand Mathilde:

- Papa, est-ce que ça peut durer longtemps les guerres?

- Oui. Il y en a même une tellement longue qu'on l'a appelée la Guerre de cent ans.

- Cent ans? Ça a duré cent ans?

- Pas exactement, mais à peu près.

Mathilde est un peu incrédule et convaincue que son père dit n'importe quoi:


- Ben la, ils faisaient comment pour se battre les gens quand ils étaient tous rendus des vieux? (sur un ton un peu ironique) Les mémés, elles tapaient sur les autres à coup de sacoches? Pis les pépés à coup de canes?

On a ri aux larmes, même Étienne qui ne comprenait rien mais qui est toujours prêt à rigoler. Il a fallu expliquer que ce n'était pas les mêmes soldats qui se battaient tout au long de la guerre de cent ans, mais qu'il y avait eu une certaine rotation.

Je ne sais peut-être pas toujours comment répondre aux questions de Mathilde... mais on s'amuse bien chez nous.

mardi 20 janvier 2009

Les matins

J'adore les matins. Je suis une matinale. Certains matins, comme aujourd'hui, je me réveille à l'aube; je sais que je pourrais peut-être parvenir à me rendormir, mais l'idée de descendre au salon et de profiter de la solitude du matin gagne sur le désir de dormir encore un peu. Alors sans faire de bruit, je prends mon livre du moment, mon journal, mon portable, une couverture, je descends doucement les marches et je m'installe sur le divan.

J'ai toujours aimé les matins. Je crois vraiment qu'on nait matinal. Adolescente, je devais me lever tôt pour passer les journaux. J'ai des souvenirs très vifs de ces matins, du bonheur de marcher seule dans les rues à 5h45 a.m. Je me souviens de la pureté de l'air, des couleurs du ciel, du bleu intense de la nuit au bleu mauve de l'aube au bleu clair du jour levé, de cette tranquillité dans les rues de mon quartier, de ce sentiment que la journée, la vie m'appartient, que tout est possible. Mon père aussi était matinal; il était souvent debout à mon retour et nous déjeunions ensembles, en silence, complices du matin.

Mes matins sont un peu différents maintenant, mais ils me sont essentiels. J'aime écrire le matin. Avec des enfants, il est plus difficile d'avoir un peu de temps juste à moi, alors j'en profite le matin. J'aime prendre mon café, seule, assise sur le divan, à regarder le jour qui se lève, à réfléchir, à lire, à rêver, à écrire.

Je prends maintenant le train de 6h24 a.m., et souvent je regarde par la fenêtre le monde qui s'éveille doucement. Les maisons de Montréal-Ouest dont les fenêtres s'éclairent une à une, les phares des voitures qui se suivent sur Décarie, le soleil qui se lève sur le pont Jacques-Cartier. Je suis toujours étonnée de l'aspect lunaire et désertique de la cour Glen, immense site abandonné en face de la station Vendôme, où j'ai pendant quelques secondes l'impression d'être tombée dans un film de science-fiction.

Peut-être nos sens sont-ils plus intacts le matin, non pollués par les bruits, les odeurs, les images de la journée. "L'aube dissout les monstres" a écrit Paul Éluard. Peut-être le matin est-il pour moi simplement la confirmation qu'une nouvelle journée m'est offerte, que tout m'est possible, qu'aucune inquiétude ou tristesse n'est importante. Peut-être tous les matins sont-ils bleus.

dimanche 11 janvier 2009

Penser à Valérie

Au matin du 31 décembre, en prenant tranquillement mon café, je lis la nouvelle suivante:
La voix de l'animatrice Valérie Letarte ne résonnera plus sur les ondes de Radio-Canada. Âgée de 47 ans, elle a perdu son combat contre le cancer.

Depuis, je suis obsédée par la mort de Valérie Letarte.

Cette obsession de la mort n'est pas nouvelle chez moi. Mes amis connaissent ma peur de mourir et mon habitude à développer mille maladies diverses. Mais de lire que Valérie Letarte, dans la quarantaine, cette fille énergique, dynamique, souriante, aux cheveux bouclés, avec enfant en bas âge, est morte... c'est trop proche de ma propre mortalité.

J'aurai 41 ans bientôt. Et j'ai incroyablement peur de mourir.

Je suis pourtant en assez bonne santé et tout de même pas mal en forme (pour une fille de mon âge!). Je suis bien dans ma peau, dans mon corps, mieux que je ne l'ai jamais été. Certains jours je me trouve même belle, enfin, un peu, parfois. Et je suis très souvent incroyablement heureuse. J'ai des moments plus gris, mais je ne crois pas au bonheur constant. Je crois qu'il faut vivre des moments gris pour pouvoir vivre des moments bleus.

Malgré tout ça, j'ai peur. Mais bien que parfois je trouve lourd de porter ces inquiétudes, penser à Valérie Letarte me rappelle que je dois continuer à vivre pleinement ma vie, prendre le temps d'embrasser et rigoler avec mes enfants, sourire, foncer, faire face à mes peurs, sortir de ma zone de confort, fermer les yeux et tourner en écoutant une chanson, faire l'amour, voir des spectacles, manger des crèmes brulées, écouter de la musique, lever la tête vers la pluie qui tombe, planter des fleurs de toutes les couleurs, courir, danser, écrire. Parce que c'est peut-être maintenant ou jamais.

Je ne sais quand sera mon tour. Mais d'ici là, je n'ai pas envie d'une vie calme ou tranquille. J'ai envie de vivre intensément. D'oser. Ma vie et mes désirs.

Et de penser quelques fois à Valérie.

mardi 6 janvier 2009

Errer vers le vert

Lorsqu'on aurait voulu
sentir l'importance
malgré l'absence

Lorsqu'on vit
le vide qui sépare
sur un sens unique

Lorsqu'on reste sur notre fin
Déçue de ce qu'on avait
pourtant
prévu

Alors
il ne reste qu'à
embellir le bleu
jubiler le jaune
rejouer le rouge
errer vers le vert
--Léa Woolf

dimanche 4 janvier 2009

Exploding Plastic Inevitable


Je suis allée voir l'exposition Warhol Live au Musée des Beaux Arts cet après-midi. Je n'avais aucune attente, les quelques commentaires entendus n'étant pas particulièrement enthousiastes. J'ai été agréablement surprise par cette exposition qui traite de l'influence de la musique dans l'oeuvre et la vie de Warhol.

Je ne peux dire que je suis une fervente admiratrice de son oeuvre en général; j'aime bien plusieurs de ses sérigraphies et photos, mais certaines de ses créations me laissent froide (ce vidéo, Eat, en est un bon exemple). J'ai cependant beaucoup aimé les installations/reconstitutions musicales des périodes principales de sa vie, ainsi que la présentation des pochettes de disques qu'il avait créées (renforçant mon argument d'un souper du nouvel an voulant que le CD puis le téléchargement de fichiers de musique avaient occasionné la perte d'un objet artistique important, la pochette de 33 tours ;-).

Mais, surtout, j'ai été impressionnée et touchée par la créativité de Warhol et sa capacité à exprimer aussi librement cette créativité. Warhol n'avait aucune inhibition artistique, aucune auto-censure. Je suis partie en rêvant d'avoir pu passer un après-midi dans son studio, le "Factory," avec ces artistes si créatifs, si influents ou encore assister à un concert multimédia de Velvet Underground.

J'ai bien aimé visiter cette exposition avec ma copine Elsa, dont les connaissances graphiques et artistiques m'ont aidée à mieux apprécier le processus créatif de Warhol. Et nous nous promettons bien un jour de faire notre propre Exploding Plastic Inevitable, genre d'évènement discothèque psychédélique avec band, musique, stroboscopes et lumières, où nous danserons toute la soirée :-)

***

Bien que je ne sois pas une fan de la danse, si j'avais plus de temps j'irais voir In-I, le spectacle danse-théatre de Juliette Binoche (que je trouve si belle!), juste pour la description qu'en a fait Le devoir ce week-end:
"Juliette Binoche aime bien voguer en eaux troubles, à la frange du risque. Si certains fuient l'inconfort, elle le courtise ouvertement, s'en fait un allié pour se propulser plus loin. Très loin de l'habitude qui tue, dit-elle."

J'aimerais bien être ainsi.