samedi 28 mars 2009

Just like heaven

Je suis allée courir aujourd'hui, ma première course du printemps. Un 5km en 32:45, rien d'époustouflant, mais tout de même non négligeable pour une fille qui se remet depuis 3 semaines d'une grippe sans fin.

L'an dernier, à pareille date, j'étais incapable de courir, blessée à un genou. Je voyais les coureurs sortir de leur hibernation et sillonner les rues de Lachine, et j'en voulais à ces "coureurs saisonniers" comme je les appelais. Moi qui avais couru dehors tout l'hiver, malgré le froid, malgré la glace, malgré le vent, est-ce que je ne méritais pas plus qu'eux de profiter du bonheur des premières courses du printemps? Je sais bien que non, mais ma frustration, ma tristesse s'exprimaient ainsi.

Aujourd'hui, j'ai pu profiter pleinement du plaisir de courir au soleil, à 15 degrés, sur l'asphalte dégagée, avec une incroyable musique. J'ai adoré le choc des sens, le soleil si chaud et les brises venant du fleuve si froides, moi en short sautant par dessus des plaques de neige, des kayakistes naviguant entre les mini-icebergs, l'eau bleue argentée si froide, leurs embarcations si vertes.

***

Je me dis depuis longtemps que j'aimerais bien courir un demi-marathon un jour. Mais je réalisais aujourd'hui que ce que je veux vraiment, ce n'est pas de courir 20 kilomètres, mais de courir encore dans 20 ans, peut-être un peu moins vite, peut-être un peu moins longtemps, mais avec toujours ce bonheur intense.

(Trame sonore: I Love to Move in Here--Moby, Temptation--New Order, J'erre--Dumas, All My Friends--LCD Soundsystem, Just Like Heaven--The Cure, The Stars--Moby, Walcott--Vampire Week-end)

vendredi 27 mars 2009

Les plaisirs d'être une mère indigne

Je lis depuis longtemps le blog de Mère indigne. Il est, de loin, le mieux écrit, le plus drôle et le plus intelligent des blogs de maman que je suis. J'avoue même être un peu jalouse de son idée d'avoir transformé son blog en livres (à grand succès, en plus!), mais bon, c'est une autre histoire :)

Radio-Canada produit maintenant des capsules web tirées de ses chroniques. C'est complètement hilarant. Je ne suis pas une fan de télévision, et j'ai pourtant écouté chacune des capsules plusieurs fois, tellement elles me font rigoler. Et surtout, tellement je m'identifie à cette mère savoureusement imparfaite. Une comme moi! J'aurais envie d'être son amie et de partager avec elles mes moments de maman complètement indigne.

Je suis souvent déçue des adaptations visuelles de textes que j'ai déjà lus, mais dans ce cas le réalisateur a vraiment réussi à garder l'essence des textes de Caroline Allard, son humour intelligent, mordant et totalement irrévérencieux.

Alors mamans indignes, faites-vous plaisir et écoutez ces capsules, en ordre, idéalement un verre de vin à la main.

(Un petit bémol pour la 2e capsule: Bien que je partage avec Mère indigne cette horreur du téléphone, je n'ai pas trouvé cet épisode drole du tout et l'actrice me tombait même royalement sur les nerfs. Mais ça n'était fort heureusement qu'un égarement passager!).

dimanche 22 mars 2009

Fébrilité fragile

Il y a de ces expériences qui vous rentrent dedans.

Hier soir, 6:18 p.m. Je suis à la maison, j'attends le retour de Stéphan, Mathilde et Étienne de l'épicerie pour préparer le souper. Le téléphone sonne. C'est Stéphan. Il me dit calmement qu'Étienne est tombé en convulsions à l'épicerie, l'ambulance s'en vient, est-ce que je pourrais aller à l'épicerie, où il laissera des détails sur l'hôpital où ils seront?

Ouf.

(Tout finira bien. Il a eu un épisode classique d'un "febrile seizure", une convulsion causée par une montée de fièvre. Il avait fait de la fièvre samedi matin (38.7). À l'hôpital, sa fièvre était de 38.5 sous le bras, donc autour de 39.5. Ces convulsions touchent environ 5% des enfants de 6 mois à 5 ans, surtout les garçons. Ce n'est pas dangereux, c'est relativement commun et les chances qu'ils en refassent sont assez faibles.)

J'ai mis mes souliers (sans bas!), mon manteau, je suis partie à l'épicerie. Je tremblais, au bord des larmes, je n'ai jamais fait le chemin aussi rapidement. Je suis même arrivée avant l'ambulance (!). Je me souviendrai toujours de cette scène, l'attroupement autour d'eux, Étienne par terre, sur le coté, tellement blanc, tellement inerte, Stéphan à coté de lui, lui parlant doucement, Mathilde tournant autour, paniquée. Étienne avait repris conscience, mais il était dans un état second, épuisé de sa crise.

L'ambulance est arrivée quelques minutes après moi, et nous sommes allés à l'hôpital de Montréal pour enfants, Étienne et moi en ambulance, Stéphan et Mathilde nous suivant en voiture. Éti allait déjà un peu mieux; il était encore épuisé, encore aussi blanc, mais il arrivait à répondre à nos questions. L'ambulancier était très rassurant, tout comme la médecin que nous avons vue à l'hôpital. Éti s'était rapidement endormi d'épuisement. Nous sommes revenus à la maison vers 10 p.m., après un arrêt chez McDo (demande spéciale d'Étienne, qui s'était réveillé à la sortie de l'hôpital et était redevenu lui-même, parlant non-stop, rêvant d'écouter Star Wars en arrivant à la maison et rigolant comme un petit fou parce qu'il avait pété sur Stéphan).

***

À l'épicerie, Étienne mangeait des morceaux de melon, se promenant tranquillement pendant que Stéphan faisait l'épicerie. Il s'était éloigné une dizaine de secondes, et Stéphan avait demandé à Mathilde d'aller le chercher. Elle est revenue en criant. Stéphan a retrouvé Étienne par terre, sur le ventre, ses morceaux de melons éparpillés autour de lui. Il était crispé et immobile, mais complètement absent, ne répondant pas à ses questions. Il est revenu à lui-même en moins d'une minute, mais il était complètement amorphe.

Je ne peux même pas imaginer avoir été à la place de Stéphan. Voir son enfant effondré ainsi. Nous en avons longuement discuté, et sommes arrivés à la conclusion que nous n'avons peut-être pas été assez à l'écoute de son état hier. Peut-être aurions-nous du essayer de le forcer à se reposer, le garder à l'intérieur. Je ne sais pas. Mais je sais que nous ne sommes pas préparés à ce type d'urgence. Nous avons l'intention de suivre un cours de premiers soins. Ça n'aurait pas prévenu la crise d'hier, mais ça nous aurait préparé à la gérer. Stéphan a très bien réagi, mais j'ai peur que j'aurais paniqué.

****

Nous l'avons gardé au lit avec nous pour la nuit. Depuis ce matin, je regarde son petit visage parfait, sa petite tête, sa concentration alors qu'il joue au Xbox, son sourire lorsqu'il réussit une manœuvre difficile, et j'essaie de superposer ces images à celle de lui par terre à l'épicerie, si blanc, si inerte.

Je ne sais trop quel est le but de ce texte aujourd'hui. Peut-être une façon d'exorciser cette expérience. Ou de me rappeler notre fragilité. Je ne sais pas.

samedi 21 mars 2009

Une tasse

Tasse verte, vert thé
Respirer les prés
Imaginer s'y rouler
Y aimer

Thé vert, vert tendre
Rêver d'être haut, si haut
Plantes, fenêtres, musique
Voler

Tendre vert, vert feuille
Lumière d'après-midi
Fleurs oranges sur la table
Beautiful foolishness of things

Feuille verte, verte tasse
Fond d'amertume
Vague rêve qui emporte
Une âme à la dérive

Une tasse, tasse unique


--Léa Woolf

dimanche 15 mars 2009

Quand Vargas oublie de faire ses devoirs

Ayant passé la semaine complète au lit (sous l'attaque intense d'une mauvaise grippe), j'en ai profité pour lire Sous les vents de Neptune, un roman de Fred Vargas publié en 2004 qui a la particularité de se passer en partie au Québec.

Je suis une fan de l'inspecteur Adamsberg, personnage principal des intrigues de Vargas. J'aime son côté complètement amoché, ses méthodes inhabituelles, sa loyauté, ses relations avec les membres de sa brigade. J'avais bien hâte de lire ce livre en particulier puisque, dans les romans suivants de Vargas (je les lis dans un ordre chaotique), Adamsberg réfère souvent à cette enquête pour expliquer son amitié avec Violette Retancourt, l'immense et immuable policière de la brigade.

Quelle déception.

Les intrigues de Vargas sont toujours un peu rocambolesques, mais cette fois elles sont carrément invraisemblables. J'aurais pu réussir à passer par-dessus et apprécier les dialogues et les personnages si Vargas n'avait pas eu la fâcheuse idée d'inventer une nouvelle langue: le québécois typique tel qu'imaginé par une française:

"Chacun de vous s'amanchera avec des membres de la Brigade de Paris, et on changera les paires tous les deux ou trois jours. Allez-y de tout coeur mais menez-les pas tambour battant pour vous faire péter les bretelles, ils ne sont pas infirmes des deux bras. Alors formez-les au pas de grise pour commencer. Et faites pas l'esprit de bottine s'ils ne vous comprennent pas ou s'ils parlent autrement que nous. Ils sont pas plus branleux que vous autres."

De kossé?

Ce qui est au début un peu drôle devient franchement désagréable et distrait sérieusement de l'intrigue. Les dialogues québécois sont parfois si mauvais, le langage tellement exagérément pittoresque, que j'avais presque l'impression d'être dans une parodie de Rock et Belles Oreilles ou dans un mauvais théâtre d'été, à regarder des personnages grotesques dire un peu n'importe quoi. Au moins cela nous permet-il de partager les émotions du pauvre Adamsberg, complètement perdu devant le vocabulaire déroutant de ces mutants québécois.

C'est sans hésitation le pire livre que j'ai lu cette année. Je lui ai donné tout de même 2 étoiles puisque, après tout, c'est Adamsberg.

***

Je sors enfin tranquillement de cette grippe, et je suis en manque: manque de musique, manque de livre, manque de course. Il est temps que je revienne à la vie.

Doutes

De sa vie
son talent
son visage
son utilité
son amitié

De la vague
de l'océan
de l'ile

Du vert
même parfois du bleu

Toujours, encore, elle doute

-Lea Woolf

dimanche 1 mars 2009

Jubiler le jaune

Il y a de ces petites victoires de rien du tout qui font un bien fou.

Dans certains domaines, je manque de confiance en moi de façon incroyable. C'est le cas de la cuisine et du jardinage. Parce que j'ai besoin d'une recette pour faire la cuisine, je suis convaincue que je n'ai aucun talent culinaire. J'ai toujours de grands rêves pour mon jardin et mes plantes, mais peu de temps pour m'en occuper, alors lorsque je me retrouve avec un cafouillis vert au mois d'août, j'en déduis que je suis nulle en jardinage.

J'oublie souvent que le plaisir de l'activité, le bonheur du jardinage et de la cuisine, est plus important que le résultat final. Je cuisine pendant des heures un repas mangé en 10 minutes, mais ces heures sont plus importantes que le repas lui-même. Comme les heures passées dans mon jardin à arracher les mauvaises herbes.

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Hier, ma plante a fleuri. Celle que j'ai réchappée d'une mort certaine en septembre, que j'ai rentrée à l'intérieur, que j'ai taillée à la racine sans espoir, que je surveille tranquillement depuis des mois, sans attente. J'ai pris un risque--c'est un mini risque, je sais, c'est con de même en parler--mais j'ai écouté mon envie.

Et maintenant, cette fleur.