mercredi 31 mars 2010

Évasions

Il m'arrive parfois d'avoir le désir secret de m'évader pendant quelques temps. Je rêve d'un appartement que j'imagine à New York, meublé simplement d'un lit et d'une grande bibliothèque. Il est situé au dernier étage d'un building en brique rouge. Les fenêtres sont immenses, habillées de rideaux minces qui ondulent doucement sous une légère brise. Je dors. Je lis. Je marche à New York en écoutant de la musique.

Mais, surtout, je suis seule.

J'ai toujours une certaine gêne à faire cet aveu. Parce que j'ai peur d'être jugée. Qu'on croit que je n'aime pas mes enfants. Que je n'aime pas être mère. Que je cherche une fuite. Que je n'aime pas ma vie.

Je n'avais pas réalisé à quel point être maman serait demandant, émotionnellement et physiquement. Je donne beaucoup de moi, mon temps, mes énergies à mes enfants. J'aime être là pour eux, être à l'écoute de leurs émotions. Mais à force de donner, je deviens parfois un peu vide. Je n'ai plus de patience, plus d'énergie, je suis là physiquement, mais pas disponible émotionnellement. Je me perds dans mon rôle de mère, je perds contact avec qui je suis.

Avec le temps, j'ai réalisé que, moi aussi, j'ai besoin qu'on prenne soin de moi. Et ce dont j'ai besoin est simple, toujours la même chose: un peu de solitude, de temps à moi. Au début, c'est mon mec qui reconnaissait les symptômes et me disait: "Pars, va bouquiner, prends quelques heures juste pour toi." J'avais parfois presque envie de partir en courant. Je me sauvais chez Chapters, où j'errais pendant quelques heures, histoire de me retrouver un peu.

Et toujours, après une heure ou deux, j'avais une envie très forte de revenir. Et c'est pour cette raison que je devrais accepter ce besoin chez moi, que je ne devrais plus être gênée de l'avouer: parce que je rêve de me sauver toujours dans le but de mieux revenir.

***

Je viens de terminer un livre merveilleux qui décrit avec une troublante justesse ce désir d'évasion, cette recherche du moi perdu dans la maternité:

« Rien ne doit gâcher la journée qui s’ouvre, telle une fleur fragile et rare. Le temps s’écoule seconde après seconde et il devient précieux. 9 heures 05. »

Ce matin-là, Emmanuelle a décidé de tout envoyer promener : enfants, mari, travail… et de prendre sa journée. Pour elle, pour vivre quelques heures de liberté absolue. Et pour lire le roman qu’elle vient de commencer et que nous découvrons avec elle : la confession d’une photographe, une passion fulgurante, des images de guerre.

Elle marche dans Paris, obsédée par cette femme qu’elle ne connaît pas mais qui touche en elle ce qu’elle a de plus intime, des peines assourdies et des amours non vécues. Son errance se double alors d’un voyage intérieur à travers les fragments d’un passé soudainement libéré.--Les âmes sœurs, Valérie Zenatti


Je garderai sur ma table de chevet ce livre que j'ai adoré, pour le ressortir pendant mes moments de culpabilité. Une lecture essentielle pour les mamans qui, comme moi, rêvent parfois de s'évader vers elle-même.

dimanche 28 mars 2010

Tant d'idées et si peu de temps

J'ai mille projets. Je me suis remise au piano, et je suis en train d'adapter une pièce de Damien Rice pour pouvoir combiner la mélodie et l'accompagnement au piano. Je lis régulièrement un blogue d'une passionnée de cuisine et de photo, et je trouve ses photos de bouffe si belles que j'ai envie de suivre un cours. J'ai en tête plusieurs idées de nouvelles que je veux écrire. Il y aussi mon projet de signets, l'album des vacances, celui des photos prises l'an dernier, les histoires de Mathilde et Étienne. Et la course, la musique, la lecture.

Mais tous ces projets prennent énormément de temps si je veux les mener à bien, si je veux maitriser ma pièce, terminer ma nouvelle, suivre des cours de photo et faire des essais. Et le temps est si rare dans ma vie de maman qui travaille. Quelques heures en soirée, lorsque les enfants sont couchés, parfois le vendredi, rarement le week-end.

Alors je fais quoi? Je me limite, ne choisissant qu'un projet ou deux et les poussant à fond? Ou je continue à butiner, passant d'un projet à l'autre au gré de mes envies sans jamais compléter? Je suis une spécialiste ou une généraliste?

J'ai l'impression que je devrai faire des choix pour mener mes projets à terme, ou du moins les amener là ou j'en serai satisfaite. Mais je ne suis pas encore prête à laisser aller certaines envies, certains rêves.

Bientôt, peut-être. Mais pas tout de suite.

mardi 23 mars 2010

Designer de brachiosaure

Cet après-midi, j'allais faire du bénévolat dans la classe d'Étienne. J'arrive pour 12h50, tel que prévu. Alors que les enfants se préparent pour un petit repos sur leur serviette, Mme Solange, la professeure, m'installe à une table et dépose devant moi des dizaines de rouleaux de carton vides, des boules de styromousse de grosseurs différentes, des ciseaux, de la colle, des assiettes en carton, du papier de soie. Elle me sort une grande affiche illustrant différents dinosaures, puis me dit:

- Il faut faire des cous pour 5 stégosaures, 5 brontosaures, 3 brachiosaures, 2 diplodocus, 3 tricératops et un pélorosaure. Votre première étape va être de déterminer comment vous allez faire les cous pour chaque dinosaure, et ensuite vous faites venir les enfants un à un pour qu'ils fassent comme vous. Pendant ce temps, je vais les aider à terminer les queues en papier mâché.

Ouf. Clairement, Madame Solange surestime mes capacités à designer des cous de dinosaures. Pendant une minute, je panique. Solidement. Puis je prends mon courage et je lui dis:

- C'est que moi, le bricolage, je veux bien aider, mais je suis pas très bonne.
- (Elle rit) Bah, vous pouvez pas être pire qu'un enfant de 6 ans!
- Euh... c'est encore drôle.

Voyant mon désespoir, elle me fait une mini-démonstration. Madame Solange, c'est la reine du bricolage. Avec un rouleau, deux balles, un petit casseau de fraise et une assiette, elle fait une maquette de tête de tricératops. C'est étonnamment ressemblant.

- Les autre sont faciles. Ça n'est que des grands cous avec des têtes au bout. Allez-y.

Ben oui. Des grands cous avec des têtes au bout. Quand on y pense, c'est évident, non? Alors j'ai fait des maquettes pour tous les autres types de dinosaures et j'ai aidé les enfants à faire leurs propres cous, qu'ils ont ensuite enduit de papier mâché. Enfin, commencé à enduire, parce que j'ai réalisé que faire du bricolage avec 19 enfants, c'est une tâche énorme qui demande une patience infinie et beaucoup de temps.

J'ai eu énormément de plaisir à pouvoir partager un peu la journée d'Étienne, à voir son environnement, à apprendre à connaître ses amis. Je me suis même amusée à faire ces bricolages.

Mais je suis surtout repartie avec une immense admiration pour cette femme, si douce et souriante, qui passe sa journée avec des enfants qui disent "Madame Solange" en moyenne aux 30 secondes, qui ont besoin d'aller aux toilettes, qui ont mal à la tête ou un petit bobo sur le bras, qui veulent raconter une histoire ou savoir quand ils pourront manger leur collation. Elle gère toutes ces interruptions avec patience, calme, bonne humeur, alors que j'étais si dépassée par mon boulot de designer de cous de dinosaures que je n'ai même pas pris une seule photo.

Elle m'a promis de m'inviter à nouveau, pour que je puisse prendre des photos. J'espère simplement que ça sera pour nettoyer les pinceaux.

dimanche 21 mars 2010

De Hawaï à la Thailande

12h10
C'est aujourd'hui que je m'y mets.

Il y a longtemps que je rêve de faire une soupe thaïlandaise aux crevettes. J'ai envie d'un défi dans chacune des recettes que j'essaierai et, cette fois, le défi est de trouver les ingrédients qu'il me faut, puisque le tamarin, la menthe vietnamienne et les feuilles de citronnier kaffir ne se retrouvent pas à mon IGA. Mon collègue de travail Bobby, vietnamien et grand chef cuisiner, m'a conseillé le marché Hawaï. J'y vais donc cet après-midi.

J'ai fait une recherche sur le web pour savoir à quoi ressemble le tamarin et les feuilles de citronnier kaffir, histoire d'avoir une petite idée de ce que je chercherai dans cette immense épicerie...

14h30-Marché Hawaï avec Mathilde.
L'épicerie est si différente de ce que je connais que j'ai un flash du Leader Price en Martinique. Mathilde adore: "Maman, on ne connait rien ici, c'est l'aventure, j'aime ça!" À force de se promener et de lire les petites étiquettes (quand elles sont traduites), nous trouvons ce que nous cherchons. Et je suis bien contente d'avoir fait mes devoirs ce matin: la plupart des fines herbes sont emballées dans un sac de plastique avec comme seule identification: légume vert. C'est qu'il y en a beaucoup des légumes verts ici, et je ne les connais pas tous...

18h00-Ma cuisine
L'angoisse de la nouvelle recette. Toujours, cette inquiétude que je vais peut-être tout rater. Pour enlever un peu de pression, j'avertis toute la famille que ce sera peut-être un échec total. "C'est pas grave, on mangera des œufs s'il le faut" dit mon mec. C'est bon, alors. J'y vais.

Première étape: Préparer le bouillon de la soupe. Faire revenir les têtes de crevettes dans la casserole est un peu déstabilisant, avec tous ces yeux qui me regardent. Mathilde craint d'ailleurs que la soupe goute les yeux de crevettes.

Couper tous ces ingrédients nouveaux est un bonheur de textures et d'arômes. Mathilde aime l'odeur de la citronnelle, qui lui rappelle celle du gingembre. Je suis particulièrement surprise par les feuilles de citronnier kaffir. Elles sont épaisses et brillantes et ont une odeur citronnée, rafraichissante, enivrante. Je rajoute tous ces ingrédients à mon bouillon, et je me retrouve avec un défi imprévu: je cuisine avec tant de nouveaux ingrédients que je ne sais pas trop comment les ajuster lorsque je goute le bouillon. Je le trouve à la fois épicé mais pas aussi gouteux que dans mon souvenir, mais je change quoi? Je décide de ne pas expérimenter pour cette fois et je m'en tiens à la recette. Le rajout de menthe, jus de lime et coriandre plus tard dans la cuisson aidera beaucoup.

Résultat: Mathilde goute mais n'aime pas, Étienne ne veut pas gouter, mon mec aime beaucoup (mais après insistance de ma part il m'avoue préférer celle de chez Tung qui, il faut le dire, est complètement délirante). Pour ma part, j'ai adoré ma soupe et je suis très fière de mon premier essai. Sortir de sa zone de confort n'est pas toujours facile. Mais c'était ô combien amusant :-)

Il m'en reste assez pour un lunch demain. Avis aux intéressés.

(Préparé en écoutant Cooking, Chansons pimentées pour cuisine épicée et 3 de Nouvelle Vague, en buvant un thé vert au jasmin)

mardi 16 mars 2010

Explorations culinaires

Depuis quelque temps, j'ai l'impression de piétiner un peu avec mon blog. Je ne suis plus autant emballée par des sujets qui m'excitaient pourtant encore il y a quelques mois. J'ai l'impression de toujours couvrir les mêmes thèmes, ou du moins d'en avoir fait le tour. Je n'ai pas envie d'un autre blog ou d'un changement de direction radical. J'aime bien l'errance de mon fleuve intranquille. Mais j'ai envie d'errer dans d'autres directions, d'explorer de nouvelles idées, de me perdre dans d'autres eaux.

Aujourd'hui, j'ai réalisé que j'avais envie d'écrire sur la bouffe. L'idée me trottait dans la tête depuis quelques temps. J'adore cuisiner presque autant que j'adore manger. Je lis des livres de recettes avant de me coucher. Lorsqu'ils sont disponibles en ligne, je vais voir les menus des restos où je vais manger pour commencer à rêver à mon repas.

Il me manque maintenant un angle.

Ce blog est un peu une contradiction. Les textes que j'écris sont publics et écrits pour être lus, mais mon objectif n'est pas d'avoir un grand lectorat. Je n'ai pas de statistiques sur les visiteurs de ce blog; je sais par les commentaires (ici et dans la vraie vie) que je suis un peu lue, et ça me suffit. Oui, j'écris en sachant que je serai lue (écrire répond à mon besoin d'être écoutée), mais j'écris pour moi, pour mieux me comprendre, pour revivre mes bonheurs, pour écrire, tout simplement. C'est pourquoi simplement faire une critique de livre ne m'intéresse pas; ce qui m'intéresse, c'est de raconter ce qui m'a touchée ou transformée, ce qui m'a fait réfléchir dans un livre.

Je n'ai donc pas envie de faire des critiques de resto ou de donner des conseils culinaires. J'ai envie de partager mon bonheur de la cuisine, de décrire le plaisir de manger un sandwich à l'agneau confit si bon qu'il est presque orgasmique ou ma fébrilité à l'idée d'essayer une nouvelle recette.

J'y ai repensé toute la journée.

J'ai envie de m'inspirer de Julie et Julia et d'utiliser mon blog comme terrain de jeu culinaire. Je ne sais pas exactement ce que ça veut dire. Mais j'ai envie d'essayer de nouvelles recettes, faciles et difficiles, et d'écrire sur mes mésaventures. Pour le plaisir, parce que j'en ai envie.

dimanche 14 mars 2010

Mes bonheurs du week-end

Gorillaz -- Plastic beach
Pour les voix en background de Rhinestone Eyes (Your loves' like rhinestones, falling from the sky / Ding ding ding ding / With future pixels in factories far away), les changements de rythme de Empire Ants, l'hypnotisant Glitter Freeze, Lou Reed dans Some Kind of Nature, le sublime Cloud of Unknowing. Et surtout, surtout, pour la réaction d'Étienne lorsque j'ai mis le CD samedi matin: "Maman! Merci, merci d'avoir acheté les Gorillaz."

No reservations
C'est le film que j'ai le plus revu dans les dernières années. Nous l'avons loué cette fois avec Mathilde, qui commence à avoir un intérêt pour les histoires d'amour. Je ne me lasse pas de cette comédie romantique si bonne pour le moral, des scènes qui me font rêver, du lien si naturel entre la sensualité de la bouffe et de l'amour.

Profiteroles de chez M sur Masson
Nous avons célébré les 40 ans de mon amie Elsa chez M sur Masson. Après un délicieux croustillant d'épaule de porcelet confit (accompagné de crevettes et shitakés, mioum) et un tartare de filet de boeuf, je me suis laissée tenter par les "Profiteroles à la fleur d'oranger et caramel au chocolat Araguani". Décadent. Délirant. À pleurer.

***

De tous mes bonheurs, l'amitié est peut-être un des plus grands. J'ai la chance d'avoir une meilleure amie avec qui je peux partager bonheurs, tristesses, rigolades, cosmopolitans, inquiétudes, musique, gourmandise, rêves. Bonne fête mon amie de fantaisie. Je nous souhaite de faire des bêtises ensembles pendant encore au moins 40 ans.

mercredi 10 mars 2010

Twitter, deux vins, un moment

J'aime la technologie.

Twitter est devenu une source d'information essentielle pour moi. C'est ainsi que j'ai appris que Thom Yorke donnait un concert à Boston et que le nouveau CD de Gorillaz était disponible en écoute gratuite sur le web plus d'une semaine avant sa parution. Et si j'avais suivi MtlConcerts l'été dernier, je n'aurais pas manqué la visite de Franz Ferdinand à Montréal. Avec le temps, j'ai trouvé des twitters qui me tiennent au courant des nouvelles qui m'intéressent vraiment.

Je suis maintenant abonnée aux publications d'une sympathique sommelière québécoise, Marie-Josée Beaudoin. La semaine dernière, elle twittait sur deux nouveaux vins à moins de 20$ qu'elle avait adorés.

Ce tweet tout simple m'a permis de créer un moment.

J'aime beaucoup le vin, mais je ne suis pas une connaisseure et je n'ai pas envie d'investir ce qu'il faut pour le devenir. J'aime essayer de nouveaux vins, mais je ne sais jamais comment les choisir, et les publications sur le vin sont souvent prétentieuses ou ennuyantes. Emballée par la bio de Marie-Josée Beaudoin (Sommelière, passionnée de bouffe, de vin et de bulles, qui adore partager ses coups de coeurs), j'ai décidé de goûter ces vins.

Je suis partie toute enthousiaste à la SAQ sélection, mon papier en main, avec l'impression de participer à une chasse au trésor. J'ai trouvé les deux vins (et acheté deux Ravenswood, que j'aime tant, il faut bien remplir le sac à quatre cloisons!). Quand les amis sont arrivés pour souper, nous avons pris le temps de goûter à un des vins, de le découvrir, décrivant les différents arômes que nous remarquions, l'étiquette intéressante, le goût particulier. Tout ça tranquillement, sans aucune prétention, juste pour le plaisir des sens.

Cette histoire peut sembler anodine, mais il y avait beaucoup de bonheur tranquille dans ce moment, dans la découverte, l'attente, le partage du moment. Et je me disais que c'était peut-être ça, le bonheur. Ces petits moments de rien du tout qu'on attend avec impatience et qu'on vit avec attention, en étant pleinement présent. Et je me dis que je devrais continuer à les chercher, les créer, les apprécier.

J'aime la technologie. Et je souris à l'idée qu'il me reste encore une nouvelle bouteille à découvrir.

vendredi 5 mars 2010

Road trip

Boston. 8 avril. Rangée T. Siège 41.

jeudi 4 mars 2010

Nice Dream

On a tous nos rêves, certains petits, certains grands. Un de mes rêves est de voir Thom Yorke en spectacle. Et par voir, je ne veux pas dire l'apercevoir à travers les derrières de têtes de gens plus grands que moi (et il y en a beaucoup des plus grands que moi). Je veux le voir chanter, voir les expressions de son visage, voir ses mouvements de tête qui me touchent tant.

Je pensais avoir ma chance. J'ai appris dernièrement qu'il donnera un spectacle à Boston, dans une petite salle (3600 personnes, sièges réservés). Boston, c'est pas si loin d'ici. Six heures d'auto. C'était fou, complètement illogique, un peu immature pour une femme de mon âge. Mais j'en avais envie. Alors mardi j'ai essayé d'avoir un billet en prévente. J'ai eu mal au ventre jusqu'à l'ouverture du guichet en ligne. Et quand j'ai finalement pu cliquer sur Buy Now... ça n'a pas marché. Déjà vendus en moins d'une minute. Je n'ai pas réussi.

J'étais si triste que j'ai eu beaucoup de difficulté à retenir mes larmes au bureau. D'un coté, je trouvais la vie tellement injuste. À quoi ça sert de rêver si on est si souvent déçus? Pourquoi j'avais même pensé que ça pourrait réussir? Et de l'autre, je trouvais ça tellement con d'être à l'envers pour si peu. Un concert. Un soir. Quelques heures. C'est pas grand chose.

Mais... ça n'est pas con. Parce que pour moi, voir Thom Yorke chanter, c'est un rêve. Parce que la musique est si importante dans ma vie. Parce que le génie musical, la sensibilité de cet artiste me touchent particulièrement. Parce que je sais que ce moment en sera un important, que je vivrai intensément, dont je me souviendrai longtemps. Alors demain, jour de la vente générale, j'essaierai encore. Ça ne fonctionnera peut-être pas. En fait, ça ne fonctionnera surement pas. Je serai encore déçue. À en pleurer, peut-être. Mais je vais essayer. Et j'essaierai encore. Malgré les déceptions, je n'arrêterai pas d'essayer de réaliser mes rêves. Et tant pis pour la maturité.

Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses... des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu'on ne pourra pas retrouver. C'est cela aussi vivre. Mais à l'intérieur de notre esprit - je crois que c'est à l'intérieur de notre esprit - il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j'imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaitre précisément ce qu'il y a dans nos coeurs.--Haruki Murakami, Kafka sur le rivage

lundi 1 mars 2010

Errances littéraires

En manque de lecture (et, si je suis honnête, de temps à moi), je me suis sauvée pendant les Parents ce soir pour me réfugier à la bibliothèque. Je suis ressortie avec cinq livres et l'âme un peu plus tranquille. J'aime ce sentiment de liberté qu'offre la bibliothèque: tant de possibilités, tant de livres qui m'interpellent et, si j'en choisis un et que je me lasse après quelques paragraphes ou quelques pages, je n'ai aucune culpabilité à abandonner ce livre qui ne m'aura rien couté, si ce n'est qu'un peu de temps.

J'ai choisi un roman de science-fiction réaliste, un recueil de nouvelles (dont le sous-titre m'enchantait, "Five stories of music and nightfall"), un thriller que je ne lirai probablement pas, un autre d'une auteure japonaise qui vit à Montréal ainsi qu'Une gourmandise de Muriel Barbery. J'ai choisi ce livre parce que j'ai adoré l'Élégance du hérisson et qu'après avoir lu le résumé de la gourmandise, j'y ai vu la note suivante: Prix du meilleur livre de littérature gourmande de 2000.

Oh! Il y a un prix du meilleur livre de littérature gourmande! Il existe donc plein de livres de littérature gourmande et je peux maintenant les trouver!

J'aime cette impression qu'un monde s'ouvre à moi. J'aime ces errances qui me mènent d'un livre à une liste sur internet, d'un blog à un autre, d'un livre à un autre, d'un article de journal à un auteur à un pays à un roman à une exploration sans fin. J'aime ce sentiment d'avoir tant de livres devant moi et de pouvoir dire, comme Jules Renard, "Quand je pense à tous les livres qu'il me reste encore à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux. "

Et là, maintenant, j'ai ce bonheur d'avoir à choisir lequel de ces livres je commence.