mercredi 25 août 2010

Galets et cailloux

Je collectionne les cailloux, roches, galets depuis des années. Je ne sais trop quand j'ai commencé. J'ai dû en ramasser un premier pour me rappeler un moment, peut-être pendant un voyage. Puis j'en ai ramassé un autre. Et un autre. J'en ai des blancs, violets, gris, rouges. J'en ai plus d'une vingtaine. Je les garde tous à mon bureau, autour de mon clavier. Je les regarde souvent, pour me rappeler un moment, pour m'évader, pour me rappeler mes priorités.

Je me souviens de la provenance de plusieurs de ces cailloux. Voyages en Gaspésie, Martinique, Ontario, Ste-Lucie. Courses sur des plages américaines. Avec le temps, certains souvenirs deviennent vagues, et je ne sais plus d'où viennent certaines roches.

Mais il y en a quatre dont je n'oublierai jamais l'origine.

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Mai 2002. Nous sommes à Cape Hatteras, dans les Outer Banks. Un de mes endroits préférés avec sa mer sauvage, ses maisons sur pilotis, ses dunes de sable, ses pêcheurs. Nous sommes tous les trois, Mathilde, mon mec et moi. Déjà plus d'un an que j'essaie d'avoir un autre bébé, qui ne vient pas. Alors que Mathilde joue dans la mer, je trouve un joli galet gris, presque aussi grand que la paume de ma main, traversé d'une grande strie blanche. Puis j'en trouve un autre, un peu plus petit. Et un autre, encore plus petit. Je ne sais pourquoi, mais je vois dans ces trois cailloux--un grand, un moyen, un petit--le symbole de ma famille. Boucle d'or version Outer Banks. Alors, sur un coup de tête, j'en ramasse un autre, encore plus petit, tout blanc. Un symbole d'espoir.

Pendant des années, je regarderai souvent ces galets. Un jour. Un jour.

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Le jour est venu, quelques années plus tard.

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Il viendra peut-être un temps, lorsque je serai très vieille, où je ne me rappellerai plus de la plupart de ces cailloux. Mais peu importe. Je saurai qu'ils auront été le symbole de moments importants dans ma vie.

Alors je continuerai d'en ramasser, un ici, un là, au gré des moments. 


vendredi 20 août 2010

38 Celcius, 2 enfants, 2 pandas, 0 éléphant, 0 singe et 1 Ravenswood

Vendredi après-midi, zoo de Washington, D.C. Il fait 38 degrés Celcius, les enfants ne veulent plus marcher. Ils ont chaud, ils ont mal aux pieds, ils se plaignent sans arrêt. "Quand on s'en va?" "Il fait chaud!" "Est-ce qu'on peut aller se baigner?" "Je voulais voir les singes et les éléphants! Pourquoi c'est fermé ce bout! C'est pas juste! Tu me l'avais pas dit!" "J'ai faim!"

Je me dis que j'ai tout raté.

Nous passons 3 jours à Washington. C'est ma quatrième visite, mais c'est la première pour mon mec et les enfants. J'avais en tête tout ce que je voulais leur montrer: Le Mall, les musées, la maison blanche, le Washington Monument, le Lincoln Memorial, le National zoo.

Beaucoup d'activités sur le programme. Trop, même. J'avais oublié qu'il est difficile de voyager avec des enfants. C'était rendu si pénible en fait que nous avons renoncé au programme prévu en plein après-midi et nous sommes revenus à l'hôtel. Dans le métro, nous nous sommes dit: ça y est, c'est le dernier voyage du genre qu'on fait. Finis les voyages plus touristiques, les visites, les villes. Ça ne sera plus que de la plage et de la piscine. Et on ne va pas en France pour notre prochain grand voyage, tel que rêvé. C'est une perte totale de temps et d'argent.

En chemin, je fais un arrêt au Beer and Wine Store du coin, pour ramasser une bouteille de Ravenswood à un prix dérisoire. Faute de pause-thé, je me ferai une pause-vin.

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Pourtant, pendant le souper dans un pub irlandais très sympathique, les enfants parlent de leur journée avec bonheur. "Moi j'ai beaucoup aimé les pandas aujourd'hui!" "Oui, c'était trop cool! Moi, j'ai aimé les gorilles!" "Non, ce que j'ai le plus aimé c'est le musée de l'air et de l'espace hier!" "Oui, moi aussi c'est ça! C'était trop cool les fusées!"

De retour à l'air climatisé, après une pause piscine incroyablement rafraichissante (et un verre de délicieux Ravenswood), je prends un peu de recul. Oui, il est possible de voyager avec des enfants et oui, ils en retirent quelque chose. Mais je dois le faire à leur rythme. Je dois comprendre qu'ils ne peuvent marcher pendant des heures et que faire des visites touristiques toute la journée est beaucoup trop pour eux. Pour le prochain voyage, je planifierai des demi-journées de visites touristiques, avec juste assez de marche pour les fatiguer un peu, mais pas assez pour les décourager.

Et je continuerai à trouver des hôtels avec piscine, source de bonheur pour mes aqua kids et récompense bien méritée à la fin de la journée.


vendredi 13 août 2010

Trois chansons

Ce matin, pour la première fois depuis plus de 2 semaines, je suis allée courir.

Une toute petite course. J'ai préparé une playlist très courte, Trois chansons, 8.9 minutes. Mon plan était simple: courir doucement vers le bord de l'eau pendant ces trois chansons, puis revenir tranquillement, en marchant si nécessaire.

J'ai mis mon orthèse, mis mes souliers, appuyé Play. J'ai couru pendant les trois chansons, puis je suis revenue.

Sans douleur.

J'en aurais pleuré.

J'ai du me retenir pour ne pas continuer à courir encore et encore, pour garder mon rythme tranquille de 8 km/h. Je sentais le travail de résistance de l'orthèse, sentais ma jambe qui travaillait différemment. Tant d'espoir. Mais je dois y aller doucement.

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Je pourrai courir à Washington. Je pourrai courir à la plage. Je pourrai courir encore et encore.

dimanche 8 août 2010

Courant humain

Pendant quelques jours la semaine dernière, j'étais une personne à mobilité réduite.

De la voiture au train, du train au boulot, du boulot au resto, je marchais à pas de tortue. Je déambulais à une vitesse qui minimisait la douleur à mon genou, vitesse qui contrastait violemment avec celles des autres passants. Je disparaissais entre les gens pressés d'aller travailler, qui me bousculaient dans les escaliers que je descendais péniblement. Le midi, les dineurs aux pas précipités me lançaient des regards impatients. Au retour du travail, j'entendais les soupirs de frustration des voyageurs parce que je ne sortais pas du train assez rapidement.

Toujours, partout, des gens pressés, des regards impatients, des marcheurs frustrés qui ne voyaient en moi qu'un obstacle à leur objectif.

Et je me demandais...

Y a-t-il une certaine symbolique à ce courant d'humains qui se précipitent vers l'avant, insensibles à leur environnement? Et surtout... est-ce que je suis ainsi? Tellement pressée d'arriver là où je vais que j'accorde peu d'importance à là où je suis?Y a-t-il des coins de ma vie où je devrais ralentir un peu, où je ne remarque pas ce qui m'entoure parce que je suis trop concentrée sur l'objectif à atteindre?

Je dois y penser un peu.

(Photo de St Stev)

mardi 3 août 2010

Abondance musicale

J'ai parfois l'impression de vivre une traversée du désert musical. Pendant des semaines, voire des mois, je ne découvre aucune nouvelle musique, ou du moins je n'ai aucun coup de cœur. Je suis en manque, mais j'ai l'impression de ne rencontrer rien de nouveau ou d'inspirant.

Cette année, c'est tout le contraire. Déjà, j'ai plusieurs albums coup de cœur, ces albums qui me suivent partout, dont je connais toutes les paroles, les mélodies, les nuances, les changements de rythmes. High Violet, Plastic Beach, the XX, Heligoland. Et d'autres encore, un peu moins bouleversants mais pourtant très présents: Vampire Week-end, Nouvelle Vague, Crystal Castles.

Hier, je me suis laissée tenter par le dernier M.I.A., Maya, que j'écoute non-stop au travail depuis. J'ai besoin de son coté décapant pour exorciser les émotions reliées à mon genou. Ma première écoute fut un peu déstabilisante; mais j'apprivoise depuis le chaos et l'intensité de M.I.A., je découvre ses mélodies. Maintenant, j'attends (patiemment) de pouvoir courir à nouveau, afin de me laisser (un peu) aller sur Meds and Feds.

Jeudi, j'irai chercher le nouveau Arcade Fire. J'aime moins ce band depuis un concert si décevant, je n'aime pas leurs efforts pour être différents qui me semblent tout sauf authentiques, leur attitude arrogante face aux média. Mais j'aime leur musique. Et les extraits du nouvel album--plus sombre, plus romantique que les précédents--m'attirent beaucoup.

The Suburbs sortait aujourd'hui, mais je voulais attendre un peu. Attendre de mieux apprivoiser M.I.A. avant d'aborder une nouvelle musique. J'ai envie de le désirer un peu plus longtemps. De profiter de cette abondance musicale aussi longtemps que possible.

Petits cadres et chambre de grand

Depuis quelques mois, Mathilde réclame une "chambre d'ado", une chambre qu'elle ne serait plus gênée de montrer à ses amies (et amis) parce qu'elle fait "vraiment full bébé". Nous avons commencé la planification et l'achat de certains éléments importants, mais Mathilde devait d'abord faire un ménage sérieux de sa chambre avant de passer à l'étape peinture, ce qu'elle a fait le week-end dernier avec beaucoup d'efforts et d'enthousiasme.

Évidemment, Étienne veut faire comme sa soeur. Ce n'est pas parce qu'il a 5 ans qu'il n'a pas droit lui aussi à une chambre de grand. Il est donc venu me voir dimanche soir, avec dans ses mains les cadres normalement accrochés à son mur:

- Maman, tiens, mes cadres, je les ai enlevés, je ne les veux plus.
- Mais pourquoi? Il sont encore très beaux!
- Oui, mais ils ne me font plus.

J'ai réussi à le convaincre qu'ils lui font encore très bien, et qu'il fallait attendre d'avoir 11 ans pour pouvoir rénover sa chambre lui aussi.

Sauf que, depuis, je commence à trouver que, peut-être, ma vieille sécheuse ne me fait plus très bien.

dimanche 1 août 2010

Mécanique du genou

Je vivais dans le déni depuis quelques jours, mais je dois me rendre à l'évidence.

Mon genou ne tient pas la route. Je dois abandonner mon entrainement.

Je le sentais plus fragile depuis la semaine dernière, mais je faisais tout ce qu'il fallait: étirements, exercices du physio, glace 2 fois par jour et après chaque entrainement. Mais mercredi il me tiraillait un peu plus que d'habitude, et jeudi il m'a rappelé toute la journée qu'il n'était pas content du tout. J'avais peine à monter les escaliers et je n'arrivais pas à trouver une position confortable au travail. Je suis en repos depuis, et j'ai même dû recommencé mes anti-inflammatoires.

Je trouve ça incroyablement injuste.

Je cours trois fois par semaine depuis des années, toute l'année, été comme hiver. je cours à +34c comme à -32c, sous la pluie, sous la neige, sur la glace, dans la boue, sur le sable. J'adore courir. Je dois être la coureure la plus enthousiaste que je connaisse.

Mais mon genou ne veut pas suivre un entrainement plus intense.

J'y allais pourtant vraiment tranquillement avec cet entrainement. J'augmentais les distances et fréquences d'intervalles à un rythme beaucoup plus lent que celui recommendé par le programme. Mais il n'y a rien à faire. J'ai l'énergie et la détermination pour courir jusqu'au bout du monde, mais je n'en ai pas la mécanique.

J'ai pleuré un bon coup ce matin. Après tant d'années, d'essais, de physio, d'ostéo, d'anti-inflammatoires, je devrais peut-être comprendre. Je serai toujours limitée par mon genou. Et si j'ai envie de courir encore longtemps, je dois apprendre à respecter les limites de mon corps.

Je sais tout ça. Mais pourtant, après quelques mois de silence de mon genou, je reprends espoir. À chaque fois. J'ai envie de me pousser à nouveau. Mais ça finit toujours par une rechute.

Et chaque rechute me démolit un peu.

Je peux courir raisonnablement, mais je ne pourrai jamais vraiment courir sans retenue.