Cette année, deux mots:
...Audace et compassion...
vendredi 31 décembre 2010
mercredi 29 décembre 2010
Contraste
Jeudi après-midi, nous marchons tous les quatre sous le soleil éclatant du New Hampshire. Il fait beau, environ -2c, nous sommes entourés des montagnes enneigées. Prochaine étape: aller glisser au parc de tubes du Mont Cranmore. Je veux savoir l'heure, alors j'ouvre mon téléphone cellulaire, mis à "off" depuis notre arrivée. Je reçois un SMS:
Je souris. Rien de mieux qu'un message me prévenant que si j'étais allée travailler ce matin mon train aurait été en retard pour me faire apprécier le bonheur des vacances...
Train de 07:07 - Retard - Voie obstruée, train de marchandises - Nous regrettons les inconvénients.
Je souris. Rien de mieux qu'un message me prévenant que si j'étais allée travailler ce matin mon train aurait été en retard pour me faire apprécier le bonheur des vacances...
dimanche 26 décembre 2010
Mathilde à la messe
Mes enfants ne sont pas baptisés. La décision s'est prise presque seule. À la naissance de Mathilde, on m'a dit que, pour la faire baptiser, je n'avais qu'à expliquer pourquoi je voulais "élever mon enfant dans la foi catholique". Comme je n'arrivais pas à répondre à cette question, nous ne sommes jamais passés à l'étape suivante. Mes enfants ne sont donc jamais allés à la messe.
L'introduction à la religion catholique pour Mathilde fut plutôt saugrenue. Nous sommes de grands fans du Seigneur des anneaux. Nos enfants ont vu plusieurs fois tous les films (avec, évidemment, une censure parentale des scènes de violence). Lorsque Mathilde avait environ 4 ans, nous sommes allés visiter une jolie église à l’Île du Prince Édouard. En entrant dans l'église, Mathilde demande: "c'est quoi une église maman?" "C'est un peu comme la maison de Dieu." Et comme je commence à lui expliquer qui est Dieu, j'entends: "Maman! Regarde, c'est Gandalf!" Elle est devant une peinture qui représente Jésus, avec sa barbe et ses longs cheveux blonds, habillé d'une grande robe blanche et tenant un bâton de berger à la main. Malgré nos explications, Mathilde a longtemps été convaincue que l'église était la maison de Gandalf.
Cette année, Mathilde et moi sommes allées à la messe de Noël parce que ma nièce chantait dans la chorale des enfants. Étienne est resté à la maison avec ses cousins. Je n'ai jamais regretté ma décision de ne pas élever mes enfants "dans la foi", mais pendant la messe les questions de Mathilde me faisaient réaliser à quel point elle ignorait tout de la religion catholique: l'histoire de la naissance de Jésus, Bethléem, les rois mages, les histoires de la Bible, le Saint-Esprit. Je ne regrette pas ma décision, mais je suis triste de l'impact sur sa culture. Son manque de connaissance l'empêchera de comprendre les références à la religion catholique si souvent présentes dans les films, les livres, les journaux.
Mais bon. Je me dis que si un jour les enfants en ont envie, ils pourront toujours s'intéresser à la religion. Mais je ne crois pas qu'aller à la messe aura inspiré Mathilde:
- Comment tu as trouvé ça, la messe, Math?
- Vraiment plate.
Difficile de la contredire.
Robin des Bois
Pendant le souper de Noël hier, ma belle-soeur me racontait qu'elle allait faire du bénévolat chez Robin des Bois, un restaurant à but non lucratif dont les "employés sont soutenus par des bénévoles et tous les profits réalisés par la vente des repas et des produits sont redistribués à des organismes de charité qui œuvrent dans la communauté afin de vaincre la solitude, l’isolement social et la pauvreté." On peut y faire du bénévolat pour quelques heures, en tant que serveur ou... dans la cuisine.
J'étais tellement excitée par l'idée. Moi, dans la cuisine d'un restaurant. Un vrai restaurant. Et pour une bonne cause. C'est presque trop beau pour être vrai.
Je suis inscrite pour un vendredi en janvier. J'ai tellement hâte.
L'introduction à la religion catholique pour Mathilde fut plutôt saugrenue. Nous sommes de grands fans du Seigneur des anneaux. Nos enfants ont vu plusieurs fois tous les films (avec, évidemment, une censure parentale des scènes de violence). Lorsque Mathilde avait environ 4 ans, nous sommes allés visiter une jolie église à l’Île du Prince Édouard. En entrant dans l'église, Mathilde demande: "c'est quoi une église maman?" "C'est un peu comme la maison de Dieu." Et comme je commence à lui expliquer qui est Dieu, j'entends: "Maman! Regarde, c'est Gandalf!" Elle est devant une peinture qui représente Jésus, avec sa barbe et ses longs cheveux blonds, habillé d'une grande robe blanche et tenant un bâton de berger à la main. Malgré nos explications, Mathilde a longtemps été convaincue que l'église était la maison de Gandalf.
Cette année, Mathilde et moi sommes allées à la messe de Noël parce que ma nièce chantait dans la chorale des enfants. Étienne est resté à la maison avec ses cousins. Je n'ai jamais regretté ma décision de ne pas élever mes enfants "dans la foi", mais pendant la messe les questions de Mathilde me faisaient réaliser à quel point elle ignorait tout de la religion catholique: l'histoire de la naissance de Jésus, Bethléem, les rois mages, les histoires de la Bible, le Saint-Esprit. Je ne regrette pas ma décision, mais je suis triste de l'impact sur sa culture. Son manque de connaissance l'empêchera de comprendre les références à la religion catholique si souvent présentes dans les films, les livres, les journaux.
Mais bon. Je me dis que si un jour les enfants en ont envie, ils pourront toujours s'intéresser à la religion. Mais je ne crois pas qu'aller à la messe aura inspiré Mathilde:
- Comment tu as trouvé ça, la messe, Math?
- Vraiment plate.
Difficile de la contredire.
***
Robin des Bois
Pendant le souper de Noël hier, ma belle-soeur me racontait qu'elle allait faire du bénévolat chez Robin des Bois, un restaurant à but non lucratif dont les "employés sont soutenus par des bénévoles et tous les profits réalisés par la vente des repas et des produits sont redistribués à des organismes de charité qui œuvrent dans la communauté afin de vaincre la solitude, l’isolement social et la pauvreté." On peut y faire du bénévolat pour quelques heures, en tant que serveur ou... dans la cuisine.
J'étais tellement excitée par l'idée. Moi, dans la cuisine d'un restaurant. Un vrai restaurant. Et pour une bonne cause. C'est presque trop beau pour être vrai.
Je suis inscrite pour un vendredi en janvier. J'ai tellement hâte.
jeudi 23 décembre 2010
À la recherche du bonheur (partie 2)
Je viens de terminer un livre du Dalai Lama, The Art of Happiness. Ceux qui me connaissent savent que c'est le premier livre de non-fiction que je termine depuis une éternité, probablement depuis l'université. Je n'ai pas particulièrement apprécié la lecture de ce livre (il est écrit en partie par un psychiatre américain légèrement énervant), mais je ne pouvais le lâcher. Et même si j'avais l'impression de lire un peu dans le vide, de ne pas toujours porter attention à mes lectures, des extraits du livre me revenaient (et me reviennent encore) en tête à tout moment. J'ai l'impression que ce livre aura plus d'impact sur ma vie que tout autre livre.
Un extrait m'a beaucoup fait réfléchir. Selon le Dalai Lama, une des difficultés pour les Nord-Américains est que notre monde est si confortable que nous en avons oublié que la souffrance existe et qu'elle est normale:
J'ai beaucoup repensé à cet extrait du livre. Je réalise que j'essaie de protéger mes enfants de la souffrance qui existe dans le monde. Je lis le journal, mais je le cache lorsque la une semble trop troublante, et je ne regarde jamais les nouvelles devant eux. J'essaie aussi de les protéger de leur propre souffrance: je ne veux pas qu'ils aient de la peine, qu'ils aient des difficultés. Mais est-ce que je leur rends vraiment service? Est-ce que je ne devrais pas plutôt essayer de les préparer et non de les protéger, comme le dit souvent mon mec?
Et quels sont les impacts à plus long terme de cette protection? Est-ce qu'ils arriveront à être des adultes heureux et résilients s'ils n'ont pas souvent eu l'occasion de faire face à des difficultés? Et est-ce qu'un enfant qui grandit avec une certaine connaissance des problèmes, de la souffrance qui existent dans le monde a plus de chance de développer une certaine compassion, une envie de changer le monde, ou du moins d'aider à rendre le monde meilleur?
En faisant du bénévolat mardi dernier, j'ai été confrontée à cette souffrance, directement. Et je n'ai pas eu à aller à l'autre bout du monde. Je suis restée ici, à Montréal. J'ai passé la matinée à aider des gens à faire une épicerie dans un Magasin Partage. Cet organisme permet aux familles démunies de faire une épicerie pour Noël à un cout minime. Mon rôle consistait à les accompagner dans les rayons afin de choisir les quantités disponibles d'aliments selon le nombre de membres dans la famille.
J'en suis arrivée à la conclusion que le bénévolat devrait être obligatoire.
J'avais besoin de cette dose de réalité. Il m'est impossible de passer quelques heures avec des gens aussi démunis et de me plaindre ensuite parce que mon magasinage de Noël est pénible ou parce que mon emploi est parfois ennuyant. Comme disaient plusieurs de mes collègues, une telle expérience replace les priorités assez rapidement.
Je vais repenser longtemps à l'expression des gens qui arrivaient à la caisse et voyaient, sur une table, des pots de café Maxwell House. "Oh! Il y a du café! On peut avoir du café pour la maison?" "Non, le café fait partie des cadeaux à gagner, il fallait avoir été pigé pour en avoir un pot." "Ah, ok. Je comprends, c'est cher du café."
Je suis revenue avec l'impression d'être incroyablement chanceuse et choyée et avec la furieuse envie de profiter de toutes les chances que la vie m'offre.
Mais, surtout, j'ai réalisé à quel point j'aimais les gens, être avec les gens, les écouter, apprendre leur histoire. Je repense à cette dame, Monique, toute menue, toute frêle, qui paraissait si vieille mais était probablement dans la quarantaine, et qui s'occupe toute seule de sa mère âgée et de son frère malade, sans répit. Il y avait aussi Marvin, vieux monsieur très rigolo ("j'ai juste 4 dents, mais j'aime ça quand è sont propres!") et à l'optimisme débordant, tout content à l'idée d'avoir gagné un parfum pour sa femme. Et Jean, début vingtaine, qui travaille au salaire minimum et fait parfois du temps supplémentaire le samedi, parce que ça lui donne un $30 extra par semaine, ce qui lui sera très utile lorsque son bébé naitra dans quelques mois.
Pendant quelques heures, j'ai aussi eu l'impression d'avoir été un peu utile. Je suis repartie épuisée, mais avec le sourire et la conviction que je recommencerai à nouveau.
Un extrait m'a beaucoup fait réfléchir. Selon le Dalai Lama, une des difficultés pour les Nord-Américains est que notre monde est si confortable que nous en avons oublié que la souffrance existe et qu'elle est normale:
"As Western society gained the ability to limit the suffering caused by hard living conditions, it seems to have lost the ability to cope with the suffering that remains. Studies by social scientists have emphasized that most people in modern Western society tend to go through life believing that life is mostly fair, and that they are good people who deserve to have good things happen to them."Le problème avec cette croyance est que, lorsque quelque chose de plus difficile nous arrive, comme nous croyons que la souffrance est anormale et que nous méritons le bonheur, nous voulons trouver un coupable. Notre vie va mal à cause de notre patron, du gouvernement, de l'école, de nos parents. Ou nous nous tournons vers nous-mêmes et croyons que nous sommes incompétents, inadéquats, que le sort s'acharne sur nous. Et souvent, au lieu d'accepter les moments difficiles et essayer de trouver une solution, nous vivons dans la colère, la rancune, l'anxiété, la dépression. Nous laissons passer la chance d'être heureux. Nous oublions aussi que nos souffrances sont parfois bien légères comparées à celles des gens plus démunis.
J'ai beaucoup repensé à cet extrait du livre. Je réalise que j'essaie de protéger mes enfants de la souffrance qui existe dans le monde. Je lis le journal, mais je le cache lorsque la une semble trop troublante, et je ne regarde jamais les nouvelles devant eux. J'essaie aussi de les protéger de leur propre souffrance: je ne veux pas qu'ils aient de la peine, qu'ils aient des difficultés. Mais est-ce que je leur rends vraiment service? Est-ce que je ne devrais pas plutôt essayer de les préparer et non de les protéger, comme le dit souvent mon mec?
Et quels sont les impacts à plus long terme de cette protection? Est-ce qu'ils arriveront à être des adultes heureux et résilients s'ils n'ont pas souvent eu l'occasion de faire face à des difficultés? Et est-ce qu'un enfant qui grandit avec une certaine connaissance des problèmes, de la souffrance qui existent dans le monde a plus de chance de développer une certaine compassion, une envie de changer le monde, ou du moins d'aider à rendre le monde meilleur?
***
En faisant du bénévolat mardi dernier, j'ai été confrontée à cette souffrance, directement. Et je n'ai pas eu à aller à l'autre bout du monde. Je suis restée ici, à Montréal. J'ai passé la matinée à aider des gens à faire une épicerie dans un Magasin Partage. Cet organisme permet aux familles démunies de faire une épicerie pour Noël à un cout minime. Mon rôle consistait à les accompagner dans les rayons afin de choisir les quantités disponibles d'aliments selon le nombre de membres dans la famille.
J'en suis arrivée à la conclusion que le bénévolat devrait être obligatoire.
J'avais besoin de cette dose de réalité. Il m'est impossible de passer quelques heures avec des gens aussi démunis et de me plaindre ensuite parce que mon magasinage de Noël est pénible ou parce que mon emploi est parfois ennuyant. Comme disaient plusieurs de mes collègues, une telle expérience replace les priorités assez rapidement.
Je vais repenser longtemps à l'expression des gens qui arrivaient à la caisse et voyaient, sur une table, des pots de café Maxwell House. "Oh! Il y a du café! On peut avoir du café pour la maison?" "Non, le café fait partie des cadeaux à gagner, il fallait avoir été pigé pour en avoir un pot." "Ah, ok. Je comprends, c'est cher du café."
Je suis revenue avec l'impression d'être incroyablement chanceuse et choyée et avec la furieuse envie de profiter de toutes les chances que la vie m'offre.
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Mais, surtout, j'ai réalisé à quel point j'aimais les gens, être avec les gens, les écouter, apprendre leur histoire. Je repense à cette dame, Monique, toute menue, toute frêle, qui paraissait si vieille mais était probablement dans la quarantaine, et qui s'occupe toute seule de sa mère âgée et de son frère malade, sans répit. Il y avait aussi Marvin, vieux monsieur très rigolo ("j'ai juste 4 dents, mais j'aime ça quand è sont propres!") et à l'optimisme débordant, tout content à l'idée d'avoir gagné un parfum pour sa femme. Et Jean, début vingtaine, qui travaille au salaire minimum et fait parfois du temps supplémentaire le samedi, parce que ça lui donne un $30 extra par semaine, ce qui lui sera très utile lorsque son bébé naitra dans quelques mois.
Pendant quelques heures, j'ai aussi eu l'impression d'avoir été un peu utile. Je suis repartie épuisée, mais avec le sourire et la conviction que je recommencerai à nouveau.
mardi 21 décembre 2010
À la recherche du bonheur (partie 1)
"While numerous studies have documented the modest—though reliable—link between household income and well-being, we examined the accuracy of laypeople’s intuitions about this relationship by asking people from across the income spectrum to report their own happiness and to predict the happiness of others (Study 1) and themselves (Study 2) at different income levels. Data from two national surveys revealed that while laypeople’s predictions were relatively accurate at higher levels of income, they greatly overestimated the impact of income on life satisfaction at lower income levels, expecting low household income to be coupled with very low life satisfaction. Thus, people may work hard to maintain or increase their income in part because they overestimate the hedonistic costs of earning low levels of income." - Lara B. Aknin, Michael I. Norton, & Elizabeth W. Dunn, "From Wealth to Well-Being? Money Matters, but Less than People Think"Cette citation, extraite d'une recherche sur le bonheur, a suscité une discussion très intéressante autour de la table samedi dernier, pendant un souper entre amis. Selon cette étude, l'impression selon laquelle moins on a d'argent, moins on est heureux est fausse. Ou, du moins, l'impact sur le bonheur d'un salaire moindre est beaucoup moins élevé qu'on le pense. Mais cette conviction nous force souvent à travailler très fort pour obtenir un salaire un peu plus élevé, ou nous pousse à garder un emploi qu'on n'aime pas beaucoup parce qu'il est payant. Par peur de perdre notre bonheur, on se rend souvent la vie difficile... et on a peut-être tort.
Après quelques minutes, nous en sommes arrivés à la question suivante: Si on assumait que l'argent ne faisait pas le bonheur, si on enlevait la nécessité d'avoir un salaire... qu'est-ce qu'on ferait dans la vie? Les réponses différaient d'une personne à l'autre, mais venaient sans hésitation: construire une maison ou un bateau, dessiner, écrire et illustrer un livre, jardiner, créer, enseigner, mélanger mathématiques et créativité. Pour moi, c'était clair. J'écrirais. Je ferais du bénévolat. Et je retournerais à l'école pour étudier la psychologie (je me vois si bien faire justement des recherches sur le bonheur! Ça m'irait bien psychologue du bonheur, non?).
Nous avions tous des rêves, des idées, des activités que nous ferions simplement parce que nous en avons envie. Des activités qui auraient un sens, nous permettraient de nous réaliser, d'être heureux.
Alors on s'est demandé... mais qu'est-ce qui nous empêche de faire ces activités? Qu'est-ce qu'on attend, bordel?
Ça n'est évidemment pas aussi simple que ça. Il y a les obligations. Le manque de temps. Le manque d'énergie quand on a des enfants. Le manque de courage aussi. Et l'âge. Je me vois mal retourner à l'université à 42 ans pour entreprendre un programme d'études de presque 9 ans.
Mais je crois qu'il y a une piste ici. Un début de quelque chose. Peut-être est-il possible de s'inspirer de cet extrait, de réaliser qu'on a peut-être moins besoin d'argent qu'on s'imagine, et d'avoir le courage de foncer et de trouver plus de temps pour ce qui nous allume, nous excite vraiment. De laisser aller notre confort pour se rapprocher de ce qui nous ressemble. De qui nous sommes vraiment.
***
Ça fait des années que je dis que je veux faire du bénévolat. J'aime souvent mon travail de rédactrice, mais je regrette toujours un peu le fait que je n'apporte rien à la société. Aujourd'hui, j'ai fait du bénévolat pour la première fois depuis une éternité. J'ai adoré. J'en parle à mon mec sans arrêt depuis. Je dois y penser encore un peu, mais j'aurai beaucoup à dire à ce sujet.
lundi 20 décembre 2010
Discussions de salle de bain
Dimanche, 9:30 a.m., salle de bain du sous-sol. Je m'asseois sur la toilette, espérant un petit moment tranquille pour faire ce que j'ai à faire. Mathilde m'appelle:
- Maman?
- Je suis ici.
Elle entre dans la salle de bain.
- Ça va? Tu fais caca?
- Euh, je voudrais bien, oui.
- Ok, je te dérange pas longtemps. Tu as vu mon chandail de I love LA? Je vais chez Audrey.
- Oui, il est dans le panier là.
- Super, merci. Hey, tu savais que .... blah blah blah...
Elle commence à me raconter un truc sur son ami Mathieu pendant qu'elle s'habille. Étienne arrive.
- Maman?
- Étienne, tu peux pas rentrer, maman veut faire caca.
- Mais pourquoi t'es là, toi?
- Je m'habille et après je m'en vais.
- Oui, mais t'as fini de t'habiller!
- Oui, mais j'ai quelque chose à dire à maman!
Étienne a sur lui son super fusil intergalactique, qui fait des bruits très cool. Étienne a décidé que le shhhtou-touv! gèle les gens sur place alors que le tchlink! les ramène à la vie. Depuis samedi matin, il se promène et nous gèle à volonté.
- Donc, comme je te disais maman, après il lui a dit...
shhhtou-touv!!!
Mathilde s'immobilise.
tchlink!
- ...que ça ne lui dérangeait pas de sortir avec, mais dans le fond ça voulait dire qu'il...
shhhtou-touv!!!
Mathilde s'immobilise à nouveau.
tchlink!
- ... voulait, mais il ne voulait pas lui dire. Maman, tu m'écoutes?
- Oui, oui, bien sur, tu disais que...
shhhtou-touv!!!
Je m'immobilise.
tchlink!
Je repends vie. Je regarde Étienne. Je regarde Mathilde. L'absurdité de la situation me frappe... et l'envie m'appelle sérieusement.
- Euh, vous pourriez aller jouer ailleurs?
Dimanche soir, 19h. Les enfants jouent au playmobil en bas, je ne les ai pas entendus depuis plus de 30 minutes. La vaisselle est rangée, le linge plié et rangé dans les tiroirs. Mes tâches sont terminées. J'ai besoin d'un moment Calgon, alors je me coule un bain chaud et je m'installe bien confortablement avec mon livre.
Je jure, je suis dans le bain depuis moins de deux minutes, 120 petites secondes, quand j'entends:
- Maman?
Je suis convaincue qu'ils ont un détecteur. Peut-être croient-ils que j'ai peur de la solitude?
J'ai répondu à la question, et j'ai établi un nouveau règlement. Quand la porte de la salle de bain est fermée, personne n'a le droit d'entrer, à moins que ce soit une urgence ("non, si t'as envie de caca, c'est pas une urgence, tu peux aller en bas. Non, t'as pas besoin de te brosser les dents tout de suite, ça non plus c'est pas urgent. Faut que ça saigne. Si ça saigne, ça c'est une urgence").
Pendant ma pause Calgon, ça cogne à la porte:
- Maman?
- Est-ce que c'est urgent?
- Ben, un peu.
- Est-ce que ça saigne?
- ...
- Est-ce que ça saigne?
- Euh, non.
- Ok, alors on s'en reparle dans 10 minutes.
Je n'ai pas eu d'autre visite.
Mieux vaut tard que jamais pour mettre ses limites, non?
- Maman?
- Je suis ici.
Elle entre dans la salle de bain.
- Ça va? Tu fais caca?
- Euh, je voudrais bien, oui.
- Ok, je te dérange pas longtemps. Tu as vu mon chandail de I love LA? Je vais chez Audrey.
- Oui, il est dans le panier là.
- Super, merci. Hey, tu savais que .... blah blah blah...
Elle commence à me raconter un truc sur son ami Mathieu pendant qu'elle s'habille. Étienne arrive.
- Maman?
- Étienne, tu peux pas rentrer, maman veut faire caca.
- Mais pourquoi t'es là, toi?
- Je m'habille et après je m'en vais.
- Oui, mais t'as fini de t'habiller!
- Oui, mais j'ai quelque chose à dire à maman!
Étienne a sur lui son super fusil intergalactique, qui fait des bruits très cool. Étienne a décidé que le shhhtou-touv! gèle les gens sur place alors que le tchlink! les ramène à la vie. Depuis samedi matin, il se promène et nous gèle à volonté.
- Donc, comme je te disais maman, après il lui a dit...
shhhtou-touv!!!
Mathilde s'immobilise.
tchlink!
- ...que ça ne lui dérangeait pas de sortir avec, mais dans le fond ça voulait dire qu'il...
shhhtou-touv!!!
Mathilde s'immobilise à nouveau.
tchlink!
- ... voulait, mais il ne voulait pas lui dire. Maman, tu m'écoutes?
- Oui, oui, bien sur, tu disais que...
shhhtou-touv!!!
Je m'immobilise.
tchlink!
Je repends vie. Je regarde Étienne. Je regarde Mathilde. L'absurdité de la situation me frappe... et l'envie m'appelle sérieusement.
- Euh, vous pourriez aller jouer ailleurs?
***
Dimanche soir, 19h. Les enfants jouent au playmobil en bas, je ne les ai pas entendus depuis plus de 30 minutes. La vaisselle est rangée, le linge plié et rangé dans les tiroirs. Mes tâches sont terminées. J'ai besoin d'un moment Calgon, alors je me coule un bain chaud et je m'installe bien confortablement avec mon livre.
Je jure, je suis dans le bain depuis moins de deux minutes, 120 petites secondes, quand j'entends:
- Maman?
Je suis convaincue qu'ils ont un détecteur. Peut-être croient-ils que j'ai peur de la solitude?
J'ai répondu à la question, et j'ai établi un nouveau règlement. Quand la porte de la salle de bain est fermée, personne n'a le droit d'entrer, à moins que ce soit une urgence ("non, si t'as envie de caca, c'est pas une urgence, tu peux aller en bas. Non, t'as pas besoin de te brosser les dents tout de suite, ça non plus c'est pas urgent. Faut que ça saigne. Si ça saigne, ça c'est une urgence").
Pendant ma pause Calgon, ça cogne à la porte:
- Maman?
- Est-ce que c'est urgent?
- Ben, un peu.
- Est-ce que ça saigne?
- ...
- Est-ce que ça saigne?
- Euh, non.
- Ok, alors on s'en reparle dans 10 minutes.
Je n'ai pas eu d'autre visite.
Mieux vaut tard que jamais pour mettre ses limites, non?
dimanche 19 décembre 2010
Du bonheur de courir
Je n'ai pas écrit sur ce blog depuis presque deux semaines, et j'ai moins écrit en général ces derniers temps. Je manque d'énergie, d'enthousiasme, d'idées. Je manque aussi de temps, mais lorsque l'énergie, l'enthousiasme, les idées sont présents, je trouve toujours un peu de temps, presque par magie. Mais je me sens si fatiguée, si apathique ces temps-ci que mon esprit hypocondriaque et très créatif se convainc facilement que je couve une maladie mystérieuse et évidemment fatale.
Mais j'ai réalisé ce matin que j'ai simplement besoin de courir. Et de courir encore.
Depuis ma blessure l'été dernier, je ne cours plus régulièrement, je cours au plus une à deux fois semaine, et jamais pour très longtemps. Entre mes traitements de physio et d'ostéo, j'ai ralenti considérablement le rythme. Et j'en ressens le manque terriblement.
Je suis allée courir vendredi, 38 minutes sans douleur. Et je suis retournée ce matin, 36 minutes avec une douleur très légère, plus une sensibilité qu'une vraie douleur.
Et quel bonheur que cette course... Mon esprit s'est abandonné au plaisir de courir dans la neige, à la beauté du frimas dans les arbres, au rythme de la musique de Girl Talk. Puis il s'est mis à s'exciter, à déborder d'idées. Alors que je croyais avoir perdu l'inspiration, j'ai eu au moins trois idées de texte pendant cette course, une idée de nouvelle, des envies de lecture. J'ai l'impression d'avoir des projets plein la tête, de l'énergie et de l'enthousiasme à en revendre.
Tout ça après seulement deux petites courses.
J'ai la chance d'habiter près d'un cours d'eau. J'ai l'impression d'avoir un terrain de jeu incroyable pour mes courses...
Mais j'ai réalisé ce matin que j'ai simplement besoin de courir. Et de courir encore.
Depuis ma blessure l'été dernier, je ne cours plus régulièrement, je cours au plus une à deux fois semaine, et jamais pour très longtemps. Entre mes traitements de physio et d'ostéo, j'ai ralenti considérablement le rythme. Et j'en ressens le manque terriblement.
Je suis allée courir vendredi, 38 minutes sans douleur. Et je suis retournée ce matin, 36 minutes avec une douleur très légère, plus une sensibilité qu'une vraie douleur.
Et quel bonheur que cette course... Mon esprit s'est abandonné au plaisir de courir dans la neige, à la beauté du frimas dans les arbres, au rythme de la musique de Girl Talk. Puis il s'est mis à s'exciter, à déborder d'idées. Alors que je croyais avoir perdu l'inspiration, j'ai eu au moins trois idées de texte pendant cette course, une idée de nouvelle, des envies de lecture. J'ai l'impression d'avoir des projets plein la tête, de l'énergie et de l'enthousiasme à en revendre.
Tout ça après seulement deux petites courses.
***
J'ai la chance d'habiter près d'un cours d'eau. J'ai l'impression d'avoir un terrain de jeu incroyable pour mes courses...
mercredi 8 décembre 2010
"Calgon, take me away!"
Cette phrase est tirée d'une publicité des années 70. On y voit une maman qui travaille, dépassée par les évènements, et qui rêve de s'évader grâce à la mousse de bain Calgon. Un vidéo vaut mille mots...
Je ne sais trop comment je connais cette publicité (j'étais tout de même jeune quand elle est sortie) ni pourquoi je m'en rappelle encore. Mais c'est devenu un genre de code à la maison. Lorsque j'ai l'impression que je vais exploser, il m'arrive de dire à mon mec: "Calgon, take me away!" C'est le signe que j'ai besoin d'une pause, que j'en ai marre, que c'est juste trop. (Il m'a même offert à la blague il y a quelques années un gel de bain Calgon... qui existe encore, à ma grande surprise.)
La publicité est poche, mais j'aime la symbolique. Je dînais aujourd'hui avec une copine qui revient tout juste de son congé de maternité. Elle est épuisée, l'adaptation est difficile, la conciliation travail famille est compliquée. C'est si difficile d'être maman (et papa!) parfois. On s'en demande trop, on veut tellement bien faire, mais on finit surtout par s'épuiser.
J'aurais voulu lui offrir un moment Calgon. Il faut apprendre à trouver ces petits moments qui nous font tant de bien, qu'on fait simplement parce qu'on en a envie, qui n'ont aucun objectif, qui ne sont pas productifs, qui n'existent que pour nous réconforter, nous changer les idées, nous faire plaisir un peu. Une marche autour du bloc, une visite en solo à la bibliothèque ou la librairie, une pause tranquille dans un café ou salon de thé, un moment pour dessiner ou écrire... Les possibilités sont presque infinies, mais dans notre intensité maternelle on s'oublie parfois tellement qu'on en arrive même à oublier ce qui nous fait plaisir, ce qui nous fait du bien.
Alors... prenons le temps de rêver un peu, de se trouver des moments Calgon. Et de se donner le temps d'en profiter.
J'y vais... mon bain m'attend.
Je ne sais trop comment je connais cette publicité (j'étais tout de même jeune quand elle est sortie) ni pourquoi je m'en rappelle encore. Mais c'est devenu un genre de code à la maison. Lorsque j'ai l'impression que je vais exploser, il m'arrive de dire à mon mec: "Calgon, take me away!" C'est le signe que j'ai besoin d'une pause, que j'en ai marre, que c'est juste trop. (Il m'a même offert à la blague il y a quelques années un gel de bain Calgon... qui existe encore, à ma grande surprise.)
La publicité est poche, mais j'aime la symbolique. Je dînais aujourd'hui avec une copine qui revient tout juste de son congé de maternité. Elle est épuisée, l'adaptation est difficile, la conciliation travail famille est compliquée. C'est si difficile d'être maman (et papa!) parfois. On s'en demande trop, on veut tellement bien faire, mais on finit surtout par s'épuiser.
J'aurais voulu lui offrir un moment Calgon. Il faut apprendre à trouver ces petits moments qui nous font tant de bien, qu'on fait simplement parce qu'on en a envie, qui n'ont aucun objectif, qui ne sont pas productifs, qui n'existent que pour nous réconforter, nous changer les idées, nous faire plaisir un peu. Une marche autour du bloc, une visite en solo à la bibliothèque ou la librairie, une pause tranquille dans un café ou salon de thé, un moment pour dessiner ou écrire... Les possibilités sont presque infinies, mais dans notre intensité maternelle on s'oublie parfois tellement qu'on en arrive même à oublier ce qui nous fait plaisir, ce qui nous fait du bien.
Alors... prenons le temps de rêver un peu, de se trouver des moments Calgon. Et de se donner le temps d'en profiter.
J'y vais... mon bain m'attend.
Une question de perspective
La semaine dernière, Étienne avait comme devoir dans son cahier Astuce d'écrire une "phrase drôle". Il y avait des exemples en haut de la page, du genre "une bicyclette à boutons" (on voyait une bicyclette dont les roues étaient remplacées par des boutons) ou encore "un mouton qui vole dans le ciel."
Étienne, après y avoir pensé un peu, a finalement trouvé sa phrase:
"Un volcan qui explose comme du caca."
Je ne sais si c'est à force de côtoyer des petits mecs de 6 ans, mais j'ai trouvé ça hilarant. Pas mal plus drôle qu'une bicyclette à boutons en tout cas.
Sauf que Madame Karine n'a pas trouvé ça très drôle.
Étienne n'a donc pas "réussi" son devoir. Madame Karine a souligné le mot "drôle" dans les directives du devoir et a écrit en rouge, sous la phrase d'Étienne: "Ce n'est pas drôle."
Mon petit mec était bien triste, "surtout que je n'avais même pas fait de faute, maman!" Je n'ai rien dit, mais je comprends que Mme Karine ne peut ouvertement approuver l'utilisation du mot caca comme objet d'humour dans une classe de première année. Je peux facilement imaginer le délire de pipi-caca-vomi-pénis-vagin que ça pourrait créer.
Sauf que j'aurais bien aimé voir le visage de Madame Karine (qui est une excellente professeur et a un très bon sens de l'humour) à la lecture de cette phrase...
Étienne, après y avoir pensé un peu, a finalement trouvé sa phrase:
"Un volcan qui explose comme du caca."
Je ne sais si c'est à force de côtoyer des petits mecs de 6 ans, mais j'ai trouvé ça hilarant. Pas mal plus drôle qu'une bicyclette à boutons en tout cas.
Sauf que Madame Karine n'a pas trouvé ça très drôle.
Étienne n'a donc pas "réussi" son devoir. Madame Karine a souligné le mot "drôle" dans les directives du devoir et a écrit en rouge, sous la phrase d'Étienne: "Ce n'est pas drôle."
Mon petit mec était bien triste, "surtout que je n'avais même pas fait de faute, maman!" Je n'ai rien dit, mais je comprends que Mme Karine ne peut ouvertement approuver l'utilisation du mot caca comme objet d'humour dans une classe de première année. Je peux facilement imaginer le délire de pipi-caca-vomi-pénis-vagin que ça pourrait créer.
Sauf que j'aurais bien aimé voir le visage de Madame Karine (qui est une excellente professeur et a un très bon sens de l'humour) à la lecture de cette phrase...
lundi 6 décembre 2010
Première neige
Le plaisir de revenir de l'école, de mettre son habit de neige et d'aller jouer dehors... tant pis pour les devoirs.
Et, au coucher, le rêve secret que demain, peut-être, s'il neige cette nuit, et s'il neige encore, ils pourront rester à la maison et jouer dehors... encore...
Et, au coucher, le rêve secret que demain, peut-être, s'il neige cette nuit, et s'il neige encore, ils pourront rester à la maison et jouer dehors... encore...
Convergence
Bientôt sortira au Japon un film tiré d'un très beau livre de Murakami, La ballade de l'impossible (Norwegian Wood en anglais).
La trame musicale est composée par Johnny Greenwood, de Radiohead.
Un grand auteur, un grand musicien. Deux artistes que j'admire. Leur rencontre ne peut être que hors du commun, comme les personnages de Murakami. Hors normes, mystérieux, qu'il faut découvrir lentement pour apprécier leur complexité.
Je me promets de voir ce film un vendredi Nathalie...
La trame musicale est composée par Johnny Greenwood, de Radiohead.
Un grand auteur, un grand musicien. Deux artistes que j'admire. Leur rencontre ne peut être que hors du commun, comme les personnages de Murakami. Hors normes, mystérieux, qu'il faut découvrir lentement pour apprécier leur complexité.
Je me promets de voir ce film un vendredi Nathalie...
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