dimanche 26 juin 2011

Poésie des hasards

Je suis en train de lire L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera, cadeau d'une grande amie. J'ai beaucoup aimé un passage sur les hasards (que j'ai raccourci un peu ici):
« Beaucoup plus que cette carte de visite qu'il lui a tendue au dernier moment, c'est cet appel des hasards (le livre, Beethoven, le chiffre 6, le banc jaune du square) qui a donné à Teresa le courage de partir de chez elle et de changer son destin. Ce sont peut-être ces quelques hasards (d'ailleurs bien modestes et banals, vraiment dignes de cette ville insignifiante) qui ont mis en mouvement son amour et sont devenus la source d'énergie où elle s'abreuvera jusqu'à la fin.

Notre vie quotidienne est bombardée de hasards, plus exactement de rencontres fortuites entre les gens et les évènements, ce qu'on appelle les coïncidences. (...) On ne peut reprocher au roman d'être fasciné par les mystérieuses rencontres des hasards, mais on peut avec raison reprocher à l'homme d'être aveugle à ces hasards et de priver ainsi la vie de sa dimension de beauté. »

Je suis en général très sensible à ces hasards, ces coïncidences, ces petits moments bien banals qui ajoutent de la magie à notre vie, de la poésie.

Mais depuis quelques temps, je suis un peu aveugle.

Ma vie est un tourbillon depuis quelques semaines, depuis bientôt plus d'un mois en fait. Entre le nouveau boulot, les rénos, les fourmis, le soccer, le piano, le bénévolat à l'école, le club de lecture, la fête de Math, je me suis perdue. J'ai oublié quatre fêtes, de gens pourtant très importants pour moi. Je n'écris plus. Je cours d'une activité à l'autre. Je suis prise dans le courant.

La semaine dernière, j'ai réalisé que mes pivoines avaient fleuri et fané, sans que je m'en rende compte. C'est pourtant un de mes grands bonheurs du début d'été. J'adore les pivoines. Ma grand-mère en avait une immense haie, et tout au long du primaire j'en apportais un gros bouquet à mon professeur comme cadeau de fin d'année. J'ai associé l'odeur des pivoines au bonheur de la fin d'année scolaire, à la fébrilité d'un long été de liberté qui m'attendait, à la conviction d'avoir la vie devant moi, que tout était possible. Depuis que j'habite ici, j'ai pris l'habitude d'en apporter au travail et d'en mettre dans des vases un peu partout dans la maison.

Cette année, je n'ai même pas remarqué qu'elles avaient fleuri. Et je n'aime pas ça du tout.

J'ai besoin de m'arrêter un peu. Je ne sais pas encore ce que ça veut dire exactement. Je fais un premier pas en écrivant ici, ce soir. Je dois trouver une façon de ralentir le rythme de ma vie. De ralentir assez pour être consciente de ce qui se passe autour de moi.

Pour remarquer que mes pivoines ont fleuri.

Pour voir à nouveau la poésie des petits moments de la vie, des coïncidences, des moments banals mais souvent si beaux.

dimanche 12 juin 2011

Mouvements

Je viens de briser l'équilibre.

Je quitte mon emploi cette semaine. J'y étais depuis presque 6 ans, ce qui est tout de même assez long dans mon domaine. J'y étais bien, confortable, confiante. L'environnement m'était familier, le travail facile, les conditions idéales. Mais surtout, je m'y étais fait avec les années un cercle d'amis incroyables.

Maintenant, je les quitte. Et cette décision me déchire.

J'aime ce quotidien qui est le mien depuis quelques années. J'aime ces amis avec qui je rigole, qui sont si intéressants, avec qui je discute de tout. Et depuis jeudi dernier, je ne cesse de me questionner. Si j'aime tant les gens, si l'aspect humain est si important pour moi, est-ce que je ne devrais pas accepter un environnement de travail moins excitant en échange d'un milieu affectif si profond?

Mais je réalise que la réponse n'est pas si simple.

Il est temps pour moi de bouger. J'ai un rêve depuis quelques temps, et ce mouvement est le premier pas. Avec la tranquillité de la routine venait aussi le manque de défi. J'y étais rendue trop confortable. Mais le mouvement est difficile, il dérange, il fait mal.

Le statu quo est tellement plus facile.

Depuis quelques jours, je me promène avec The War of Art dans mon sac, un livre prêté par mon ami Félix. Ce livre est ma panacée contre le doute. Je reviens souvent à cet extrait:
Most of us have two lives. The life we live, and the unlived life within us. Between the two stands Resistance.

Avec ce mouvement, je combats la résistance. Celle qui m'empêche de vivre la vie dont je rêve. Celle qui empêche d'être qui nous sommes vraiment. Celle qui nous fait peur. Celle qui nous convainc de rester dans cette routine si confortable. Celle qui nous dit que maintenant n'est pas le bon moment, qu'il faut attendre encore un peu.

Je résisterai. Et, avec le temps, je trouverai un autre équilibre.