mercredi 3 avril 2013

Perspectives

Le week-end dernier, j'ai fait une drôle de rencontre dans la section des fruits et légumes, à l'entrée du IGA. Une dame dans la soixantaine, dos courbé, allure négligée, cheveux en bataille, visage renfrogné, bardassait bruyamment son panier défectueux avec difficulté. Lorsqu'elle est passée à coté de moi, je l'ai entendu murmurer: "Encore un maudit panier brisé. Pourquoi c'est toujours moi qui se retrouve avec ces paniers-là?" Elle a continué son chemin, poussant avec acharnement son panier brisé, alors qu'elle aurait très bien pu aller l'échanger contre un fonctionnel, tout juste à coté.

J'ai tout de suite pensé à un article lu dans La Presse il y a quelques semaines sur Aran Goyoaga, bloggeuse (Cannelle et Vanille), photographe, pâtissière et auteure de livres de cuisine. En visite à Montréal, elle racontait à la journaliste ce qui l'avait amenée à sa carrière actuelle. Originaire d'Espagne et installée aux États-Unis depuis quelques années, elle avait enfin réalisé son rêve—être pâtissière—lorsqu'elle est tombée très malade, passant plusieurs mois alitée. Des tests ont finalement révélé une intolérance sérieuse au gluten, diagnostic dévastateur quand son métier tourne autour du blé. Mais au lieu de nuire à sa carrière, cette nouvelle a plutôt eu l'effet inverse. Aran Goyoaga a décidé de devenir une pâtissière et cuisinière spécialisée dans le "sans gluten", et elle a maintenant beaucoup de succès.

Cet article m'avait beaucoup marquée, tout comme l'épisode du week-end dernier. Deux situations bien différentes, évidemment, mais avec certaines similitudes. Face à une situation difficile, on a le choix. On peut choisir de changer sa vie, de l'adapter, de trouver une façon d'être heureux. Ou on peut continuer de pousser son vieux panier cassé en se plaignant qu'on est bien malchanceux.

***

C'est ce dont j'essaie de me rappeler quand mon enthousiasme pour mes multiples projets s'effrite, quand mon genou proteste, quand le ciel pourtant si bleu me semble si gris. J'ai surement quelque chose à apprendre de ces moments rudes. Il y a surement un autre point de vue. Je ne l'ai pas encore trouvé. Mais j'ai le choix.

5 commentaires:

Julie Deblois a dit...

Je suis totalement d'accord avec toi.
J'ai déjà monté le mont chauve à Bromont avec un caillou dans mon soulier...
j'endurais et je pestais...
Puis tout à coup, j'ai juste enlevé le caillou et j'ai pu enfin apprécier ma ballade!
Non mais!
C'est fou ce qu'on endure parfois, avant de réaliser qu'on a plein pouvoir de faire des changements!
J'en ai bien ri en mangeant ma sandwich ensuite, mais l'histoire de la dame au panier pourri me rappelle ce caillou.
...
Et si elle l'avait changé le panier, elle aurait probablement dû se demander pourquoi elle se sentait si mal. Elle aurait dû regarder vers l'intérieur.
Et parfois, c'est plus facile de penser que nos malaises viennent d'en dehors de nous...
Je sais pas.
Je pense tout haut là!
;)

Nathalie a dit...

Trop drôle cette histoire de caillou! C'est fou de voir comme il faut parfois souffrir avant de se décider à changer...

J'aime beaucoup ce que tu dis, Julie. Je me souviens avoir lu en article dans un magazine de psychologie sur les gens qui ont beaucoup de ressentiment ("resentment") et blâment tous leurs malheurs sur des causes extérieures. L'article disait qu'à partir d'un certain âge, quand on avait passé sa vie à blâmer les autres, il était quasi-impossible de pouvoir changer sa vision des choses, parce que c'était admettre qu'on avait peut-être échoué sa vie. Réaliser à 60 ans, par exemple, qu'on aurait pu être heureux mais qu'on avait choisi de rester malheureux était trop difficile à accepter pour le cerveau. C'est fou, non?

Sophie a dit...

C'est drôle que tu décrives cette femme comme étant courbée et avec l'aspect négligé, ça ne fait que renforcer cette impression que le malheur, elle le portait sur ses épaules, en fait avait CHOISI de le porter. Plus je vieillis, plus je m'aperçois que le bonheur c'est d'abord et avant tout un état d'esprit et que la seule personne qui controle ça, ben c'est nous, quand en plus on a le choix d'éliminer les petits désagréments, honnêtement, il n'y a pas d'excuses.

L'impulsive montréalaise a dit...

Il est certain qu'au bout du compte, sauf exception, c'est beaucoup plus notre façon de réagir aux évènements que les évènements en eux-mêmes qui détermineront si on est heureux ou non. Et pourtant..... Combien est-t-on à pousser, de temps à autre ou trop souvent, notre vieux panier brisé en pestant ? C'est bon de se le faire rappeler parfois.

Nathalie a dit...

@Sophie: Oui, moi aussi j'ai trouvé l'apparence de cette femme très révélatrice. Il était clair que son problème avec le panier n'était pas le premier et ne serait surement pas le dernier non plus. Triste...

@L'impulsive: C'est un peu pour ça que j'ai eu envie d'écrire cette histoire ici, pour me rappeler qu'on a le choix, qu'on n'a pas à le traîner notre foutu panier. J'oublie trop souvent...